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Sources et suites de l'Encyclopédie / Le Dictionnaire universel de commerce des frères Savary

Le Dictionnaire universel de commerce
des frères Savary

Le Dictionnaire universel de commerce, premier dictionnaire spécialisé traitant du commerce en Europe, fut édité par les frères Jacques Savary des Brûlons (1657-1716) et Philémon-Louis Savary (1654-1727), dont le père était déjà l'auteur d'un traité nommé le Parfait négociant. Depuis sa publication, en 1723, ce dictionnaire a connu non seulement plusieurs éditions, revues et augmentées, mais aussi plusieurs traductions en différents pays. Il constitue l'une des références importantes concernant le commerce au xviiie siècle, et permet de disposer de beaucoup d'informations sur les mœurs et les coutumes commerciales de l'époque. Son nom est bien sûr cité dans l'Encyclopédie.

Le travail du Dictionnaire de commerce

À l'origine, ce dictionnaire ne visait pas le public ; il était simplement le manuel personnel de Savary des Brûlons, inspecteur général de la douane à Paris. Mais peu à peu, par la mise en ordre alphabétique des informations sur le commerce et sur l'industrie, en France et à l'étranger, Savary ébaucha un lexique. Ce lexique, au départ privé, a pris de l'ampleur et son domaine s'est élargi grâce au secours des inspecteurs de provinces. Beaucoup de documents furent envoyés par les chambres de commerce de France, l'auteur bénéficiant d'un vaste réseau de renseignements.

En 1713, soit trente ans après que Savary a entrepris son travail, parut l'annonce de son dictionnaire qui devait compter un volume. Mais la parution eut lieu en réalité en 1723 et comportait alors deux volumes in-folio. Entre-temps, en 1717, Savary des Brûlons était mort, confiant son ouvrage à son frère Philémon-Louis qui l'aidait, tout en remplissant ses fonctions ecclésiastiques. En 1730 parut un supplément d'après les documents inédits des frères Savary. Ces trois volumes constituent la première édition de Dictionnaire universel de commerce.

Le dictionnaire renferme de vastes connaissances sur les produits et les relations commerciales établies du milieu du xviie au début du xviiie siècle. Parmi ses autres sources importantes, citons un ensemble de documents légués par son père, Jacques Savary ; des ordonnances et des règlements que des hommes politiques puissants lui ont permis de consulter, notamment grâce à l'appui du Chancelier d'Aguesseau et du marquis d'Argenson, alors lieutenant général de la Police ; des mémoires de l'Académie et des récits de voyage ; des ouvrages contemporains enfin, comme, par exemple, ceux de Jean-Pierre Ricard, auteur du Négoce d'Amsterdam, du grand botaniste Tournefort (1656-1708), etc.

Ce dictionnaire fut très bien reçu en France, ainsi qu'en Suisse francophone. Il fut traduit en italien (en 1770) et en anglais, la traduction anglaise ayant connu quatre éditions (en 1750, 1757, 1766, 1774). Au fur et à mesure des réimpressions du Savary, deux séries différentes prirent naissance : l'édition parisienne et l'édition genevoise. La première est une pure et simple réédition de la première édition (Paris en 1741, 1748 et à Amsterdam en 1726-1732), tandis que la seconde fut revue et augmentée (à Genève en 1742, 1750 et à Copenhague en 1759-1765). Si « la veuve Estienne » apparaît comme maison d'édition dans l'édition de 1750, il s'agit en fait de la réimpression de celle de 1742 parue à Genève.

Le Dictionnaire de Savary et l'Encyclopédie

On rencontre très souvent des emprunts au Dictionnaire universel de commerce dans l'Encyclopédie, avec ou sans citation de l'ouvrage. Les encyclopédistes consultèrent et utilisèrent l'édition parisienne de 1748 : autrement dit, des connaissances réunies autour des années 1700, tandis que les éditions genevoises avaient commencé à actualiser leurs informations au début des années 1740. On peut dire, par conséquent, qu'un grand nombre d'informations provenant de Savary se sont maintenues jusqu'au milieu du xviiie siècle par l'intermédiaire de l'Encyclopédie.

Mais au fur et à mesure de ses rééditions, le Dictionnaire universel de commerce emprunta lui-même à l'Encyclopédie. Entre 1742 et 1765, de plus en plus d'articles ont été revus et augmentés : dans l'édition de Copenhague, considérée comme définitive, et composée en cinq volumes in-folio, la plus volumineuse dans sa série, on trouve des articles marqués « * » ou « ** » indiquant les modifications ou augmentations, souvent accompagnées du mot « Encyclopédie ». Le Dictionnaire de Savary a ainsi contribué à répandre, dans l'Europe du Nord, les connaissances réunies dans l'Encyclopédie.

En outre, une autre édition de l'Encyclopédie, celle de Lucques, utilisa le Dictionnaire universel de commerce pour la rédaction des notes en bas de pages. La collation de la pagination mentionnée permet de voir que les rédacteurs lucquois ont consulté l'édition genevoise de 1742 du Savary. Ces emprunts ne font pas apparaître d'intention critique de l'éditeur lucquois à l'égard de l'Encyclopédie parisienne : il ne s'agissait que de poursuivre le renouvellement des informations liées au commerce dans un souci de développement de la ville.

Le Dictionnaire universel de commerce cessa de paraître à partir des années 1770, après s'être acquitté de sa mission. Mais son nom n'a pas pour autant rapidement disparu. Au xviiie siècle, l'abbé Morellet (1727-1819) envisagea un « Nouveau Dictionnaire de commerce », dont il ne donna que le Prospectus (1769), et Jacques Peuchet (1758-1830) donna un Dictionnaire universel de la géographie commerçante (1799-1800).

Les éditions du Dictionnaire universel de commerce

  1. 1723 [-1730]. Dictionnaire universel de commerce, Paris, J. Estienne. 3 vol. in-folio.
  2. 1726 [-1732]. Dictionnaire universel de commerce, Amsterdam, Les Jansons, 4 vol. in-4o.
  3. 1741. Dictionnaire universel de commerce, Paris, La veuve Estienne, 3 vol. in-folio.
  4. 1742. Dictionnaire universel de commerce, d'histoire naturelle, & des arts & métiers, Genève, Les héritiers Clamer et frères Philibert, 4 vol. in-folio.
  5. 1748. Dictionnaire universel de commerce, Paris, La veuve Estienne et fils, 3 vol. in-folio.
  6. 1750. Dictionnaire universel de commerce, d'histoire naturelle, & des arts & métiers, Paris [Genève], La veuve Estienne, 4 vol. in-folio.
  7. 1751 [-1755]. The universal dictionary of trade and commerce, Londres, John and Paul Knapton, 2 vol. in-folio.
  8. 1757. The universal dictionary of trade and commerce, Londres, John Knapton, 2 vol. in-folio.
  9. 1759 [-1765]. Dictionnaire universel de commerce, d'histoire naturelle, & des arts & métiers, Copenhague, Les frères Cl. et Ant. Philibert, 5 vol. in-folio.
  10. 1766. The universal dictionary of trade and commerce, Londres, H. Woodfall [etc.], 2 vol. in-folio.
  11. 1770. Dizionario di commercio, Venise, Gianbatista Pasquale, 4 vol. in-4o.
  12. 1774. The universal dictionary of trade and commerce, Londres, W. Strahan [etc.], 2 vol. in-folio.

Ryuji Kojima

Dernière mise à jour : le 22 décembre 2014

Sources, réception et suites de l'Encyclopédie

Indications bibliographiques sur cet article :

André Morellet, Prospectus pour un nouveau Dictionnaire de Commerce, Paris, Frères Estienne, 1769. [consulter]

Georges Matore, Histoire des dictionnaires français, Paris, Larousse, 1967.

Jean-Claude Perrot, Une histoire intellectuelle de l'économie politique : XVIIe-XVIIIe siècle, Paris, Éditions de l'École des hautes études en sciences sociales, 1992.

Léon Vignols, « Le dictionnaire Universel de Commerce de Jacques Savary des Bruslons », Annales de Bretagne, t. XXXVIII, 1929, p. 742-751.

Pour citer cet article :

Ryuji Kojima, « Le Dictionnaire universel de commerce
des frères Savary », Les sources de l'Encyclopédie, projet d'Edition Numérique Collaborative et CRitique de l'Encyclopédie, http://enccre.academie.sciences.fr (26-02-2017)

À propos de l'auteur de cet article :

Ryuji Kojima

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