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Les prémices de l'Encyclopédie / Jean Paul De Gua de Malves (1710-1786)

Jean Paul De Gua de Malves
(1710-1786)

L'imprécision règne dans les diverses notices sur le premier éditeur de l'Encyclopédie, qu'il faut lever une fois pour toutes.

Jean Paul De Gua de Malves, suivant sa signature telle qu'on la lit sur un acte notarié du 30 août 1747 (AN, MC/ET/XLIX/674 ou sur ses quelques lettres conservées (voir 8 mars 1747 Acad. Lyon ; 8 octobre 1750, Arch. Acad. sc. Paris), est né le 16 avril 1710 à Carcassonne, baptisé Jean Paul Degua le 19 (registre de la paroisse Saint-Vincent) et décédé le 2 juin 1786 à Paris (paroisse Saint-Eustache, scellés AN, Y//15680).

Il est le fils de Jean Degua, baron de Malves, marchand drapier devenu conseiller du roi et son receveur des tailles dans le diocèse de Carcassonne (en banqueroute vers 1725), et de Jeanne de Harrugue. Quatre de ses frères et sœurs nous sont connus : Bernard De Gua de Malves (c. 1708-1744), Jean-Philippe De Gua de Villepeyroux (mort en 1770), tous deux militaires à Saint-Domingue, sans descendance ; Jeanne De Gua, religieuse ; Anne De Gua, épouse de Marcellin de La Baume d'Angely, héritière des domaines familiaux. Son frère Bernard a épousé vers 1740 Élisabeth Adrienne Perine de Breda (1706-1754), alors veuve de Louis Dutrousset d'Hericourt (1694-1738) apparenté à la famille tutoriale de D'Alembert, les Camus Destouches.

Après avoir pris l'état ecclésiastique et reçu l'ordination, il est pourvu de bénéfices sur le prieuré de Capdenac (Lot) et les abbayes de Marœuil (près Arras) et de Ménigoute (Deux-Sèvres).

Membre de la Société des Arts de Paris (voir le dossier d'O. Courcelle), de l'Académie de Bordeaux, le 2 juin 1731, de la Royal Society de Londres en 1743, associé de l'Académie des beaux-arts de Lyon, le 27 juillet 1746, il est nommé adjoint géomètre à l'Académie royale des sciences, le 18 mars 1741 et y présente plusieurs mémoires et rapports entre le 5 juillet 1741 et le 6 septembre 1743. Il demande à passer géomètre adjoint vétéran le 3 juin 1745, demande accordée par le roi le 16 juin. Il avait une « petite pension d'astronome » qu'il perd alors et dont il demande en 1750 qu'on la lui rende (pochette de l'AdS, sept. 1750).

Titulaire de la chaire de philosophie grecque et latine au Collège royal de France, du 30 juin 1742 au 26 juillet 1748, De Gua traduit de nombreux textes anglais (de George Berkeley, George Anson, Matthew Decker) pour des libraires-imprimeurs entre 1744 et 1757, ce qui lui permet probablement de gagner sa vie.

En 1745, s'étant fâché avec son collègue Ferrein à l'Académie et ayant demandé, d'un coup d'humeur, à passer vétéran, il possède néanmoins une solide notoriété scientifique, entretenu par de nombreuses relations mathématiques. Il est en 1745 en bonnes relations avec D'Alembert et Clairaut, ses collègues, que l'on voit apparaître sur le registre de dépenses des libraires dès ses débuts. Ce statut et ses besoins financiers expliquent le choix des libraires, détenteurs d'un privilège pour la publication d'une édition française de la Cyclopædia de Chambers : il signe avec eux un contrat lui conférant la responsabilité scientifique de l'entreprise, le 27 juin 1746 (voir Cahier des charges De Gua). Le contrat est annulé treize mois plus tard, le 3 août 1747, et De Gua sera poursuivi en justice par les libraires pour restitutions et remboursements jusqu'en 1763 (avec emprise sur ses bénéfices ecclésiastiques). Ses déboires financiers se poursuivent toute sa vie.

Subventionné pour exploiter les mines d'or dans les Cévennes en septembre 1751, il obtient un privilège de vingt ans pour cette exploitation en 1764, et se ruine en vaines tentatives. Ses malheurs ne sont pas que financiers : ainsi, dans le cadre de la « chasse aux abbés », il est arrêté le 2 novembre 1756 par la police chez « Marie Mouron dite Rozette fille de débauche » (voir L. Bongie, 1993).

Malgré toutes ces « tracasseries », son activité scientifique ne s'arrête pas : il est cosignataire de trois rapports d'expertise à l'Académie royale des sciences, sur un projet de prévention des accidents de la route (13 mars 1784), sur un projet d'étalon de mesure (22 mai 1784), sur un nouveau projet de distribution de l'eau de la Seine (17 novembre 1784), et nommé pensionnaire de la classe d'histoire naturelle et minéralogie lors de la réorganisation de l'Académie des sciences, 23 avril 1785.

Mort à Paris le 2 juin 1786 rue Neuve Saint-Eustache, en l'hôtel garni de Clovis où il habitait depuis plus de dix ans, ses obsèques sont célébrées le lendemain « à S. Joseph » (Affiches annonces et avis divers, no 156 du 5 juin 1786, p. 1504), chapelle qui dépendait de la paroisse Saint-Eustache.

Sa correspondance, en grande partie perdue, nous éclaire donc peu sur ses activités. Le « cahier des charges » (voir Cahier des charges De Gua) de la première traduction de la Cyclopædia envoyé à l'Académie des beaux-arts de Lyon, le 8 mars 1747, en remerciement de son élection, sur proposition de Quesnay, est donc une belle découverte. Après la rupture du contrat avec les libraires, De Gua eut beaucoup de mal à rembourser ses dettes et Diderot et D'Alembert ne le tenaient plus en grande estime.

Irène Passeron et Françoise Launay

Dernière mise à jour : le 15 mars 2015

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Indications bibliographiques :

Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, « Éloge de M. l'abbé de Gua », Œuvres, Paris, Firmin Didot frères, 1847, t. III, p. 241-258.

Jean Paul De Gua de Malves, Usages de l'analyse de Descartes pour découvrir, sans le secours du Calcul Differentiel, les Proprietés, ou Affections principales des Lignes Géométriques de tous les Ordres, Paris, Charles-Antoine Jombert, 1740. [consulter]

Jean Paul De Gua de Malves, Discours pour et contre la réduction de l'intérest naturel de l'argent, Wesel et Paris, Grangé et Hochereau, 1757. [consulter]

Jean Paul De Gua de Malves, Projet d'ouverture et d'exploitation de minières et mines d'or et d'autres métaux, aux environs du Cézé, du Gardon, de l'Eraut et d'autres rivières du Languedoc, Paris, Dessain junior, 1764.

Jean Paul De Gua de Malves, « Memoire circulaire des differentes choses que l'editeur de l'Encyclopédie demande à ceux qui voudront bien l'aider dans cet ouvrage », éd. R. Favre et M. Dürr, dans Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, série III, t. 150, 2001, p. 50-68, et éd. C. Théré et L. Charles, RDE, 39, 2005, p. 105-122. [consulter]

Élisabeth Badinter, Les passions intellectuelles, Paris, Fayard, 1999-2007, 3 vol.

Larry Bongie, « La chasse aux abbés : l'abbé Gua de Malves et la morale diderotienne », RDE, 14, 1993, p. 7-22. [consulter]

Frank A. Kafker et Jeff Loveland, « La vie agitée de l'abbé De Gua de Malves et sa direction de l'Encyclopédie », RDE, 47, 2012, p. 187-205. [consulter]

Edgar Mass, « Les envers du succès. L'infortune du premier éditeur de l'Encyclopédie, Gua de Malves », dans L'Encyclopédie et Diderot, Edgar Mass et Peter-Eckhard Knabe (éd.), Köln, Verlag Dietmar/Möhlich, 1985, p.155-179 ;

René Taton, « Gua de Malves », Dictionary of scientific biography, vol. 5, 1972, p. 566-568.

Pour citer cet article :

Irène Passeron et Françoise Launay, « Jean-Paul De Gua de Malves (1710-1786) », Les prémices de l'Encyclopédie, projet d'Edition Numérique Collaborative et CRitique de l'Encyclopédie, http://enccre.academie.sciences.fr (23-03-2017).

À propos des auteurs de cet article :

Irène Passeron et Françoise Launay.

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