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et CRitique de l'
Encyclopédie
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Les libraires associés / Michel Antoine David (circa 1707-1770)

Michel Antoine David
(circa 1707-1770)

Michel Antoine David, ou David l'aîné, comme on l'appelle par la suite, naît vers 1707. Des membres de sa famille exerçaient le métier de libraire depuis des générations, y compris son grand-père Michel David, son père Michel Étienne David et son frère cadet également Michel Étienne David.

David devient un maître-libraire dans la Communauté des libraires et imprimeurs de Paris le 2 mai 1732 ; en 1742, il épouse Marie-Scholastique Witte, fille d'un libraire ayant joué un rôle important dans le commerce des livres franco-hollandais, et il sert d'adjoint dans la Communauté de 1751 à 1753. En 1755, il possède quatre librairies. Dès 1768, il prend sa retraite de la librairie.

Dans ses catalogues de libraire figurent de nombreux ouvrages de D'Alembert : le Traité de dynamique (1743), le Traité de l'équilibre et du mouvement des fluides (1744), les Réflexions sur la cause générale des vents (1746), les Recherches sur la précession des équinoxes (1749), les Élemens de musique (1752), l'Essai d'une nouvelle théorie de la résistance des fluides (1752) et les Recherches sur différens points du systême du monde (1754-1756). Au milieu des années 1740, David, Antoine Claude Briasson et Laurent Durand s'associent pour publier, entre autres livres, la traduction (1746-1748) du Medicinal Dictionary de Robert James par Diderot, Marc Antoine Eidous et François Vincent Toussaint. André François Le Breton se charge de l'imprimer. En outre, David s'occupe avec Charles Palissot de Montenoy de la vente exclusive de plusieurs journaux, y compris les Papiers anglais, journal subventionné par le gouvernement français afin d'avancer la politique étrangère d'Étienne-François, duc de Choiseul, pendant la guerre de Sept Ans.

Le projet le plus ambitieux et le plus lucratif de la carrière de David est celui de la publication de l'Encyclopédie, dans lequel il s'engage en 1745. Le Breton mène le projet, tandis que David, Briasson et Durand y entrent chacun pour une sixième part de l'intérêt. Comme pour Diderot, le rapport qu'entretient David avec l'entreprise est ambivalent. D'une part, elle lui attire bien des ennuis. En 1748, il craint que la publication du roman licencieux de Diderot, Les Bijoux indiscrets, ne compromette l'Encyclopédie ; trois ans plus tard, il doit se rendre à Londres dans le but de déjouer une édition contrefaite ; et en 1759, il effectue un voyage en Hollande pour voir si l'Encyclopédie, qu'on venait de condamner en France, devrait s'y poursuivre. Dès 1759, dans sa correspondance avec Chrétien-Guillaume de Malesherbes, directeur de la Librairie, il évoque l'Encyclopédie avec la même morosité que Diderot : lui et les autres libraires ont sacrifié des années de leurs vies à ce « malheureux ouvrage » ; l'Encyclopédie l'a fait souffrir plus que toute autre chose. Il a même essayé de vendre ses parts de l'ouvrage : « je souhaite que mes associés acceptent mon offre, je n'ai pas besoin de fortune pour être heureux, je n'ai besoin que de repos, ma santé a toujours été dans un mauvais état et tout ceci ne la fortifie pas » (BnF, n.a.fr. 3345, f° 115-116 ; n.a.fr. 3348, f° 120-121). Les polémiques ultérieures suscitées par l'Encyclopédie continuent à l'inquiéter. Par exemple, en 1764, quand il entend parler de la censure secrète de l'Encyclopédie par Le Breton, il la jugea, d'après Diderot dans une lettre à Sophie Volland, « infâme, injurieuse à ses associés, aux auteurs, à l'éditeur, au public. Il [David] en sent toutes les suites. Il m'a remercié du silence que j'ai gardé ; il est plus effrayé de l'éclat qu'il prévoit ; il est dans des transes » ([18 août 1765], dans Correspondance, t. V, p. 92).

D'autre part, de même que Diderot, David reste fidèle à l'Encyclopédie, à laquelle il contribue par deux articles, informatifs sinon originaux, dans les tomes II et V. L'article CATALOGUE, long de six pages, esquisse deux systèmes pour classer les livres. Pour la rédaction de l'article, David reconnaît (t. II, p. 765b) qu'il exploite un manuscrit de « feu M. l'abbé Girard », « intitulé Bibliotheque générale ou Essai de Littérature universelle », que celui-ci avait légué à son libraire Le Breton. L'autre article de David, Droit de copie, d'une page et demie, explique les différents moyens par lesquels un libraire acquérait les droits d'un livre. Dans les deux articles David exprime de la fierté pour l'Encyclopédie : il suggère en particulier, dans CATALOGUE, que le « Système figuré des connaissances » à la tête de l'Encyclopédie pourrait « servir d'introduction & de modele » pour une meilleure classification bibliographique (t. II, p. 765b), et il évoque, dans Droit de copie, « les soins qu'on a pris & les dépenses qu'on a faites, afin que cette Encyclopédie devînt un ouvrage nouveau » et un monument national (t. V, p. 147a).

À en juger par Droit de copie, David serait conservateur : il y affirme que « nos rois [...] ont sagement établi des lois sur le fait de l'Imprimerie, dont l'objet a été de conserver dans le royaume la pureté de la religion, les mœurs & la tranquillité publique » (t. V, p. 146a). Cette affirmation s'accorde pourtant mal avec un rapport de police du 1er janvier 1752, d'après lequel David est « un garçon d'esprit et qui entend bien son commerce. C'est malgré cela un impudent. Il est un peu suspect, puisqu'il a imprimé l'Esprit Despinosa » (BnF, f.fr. 22106, f° 270). Le livre mentionné doit être La Vie et l'esprit de M. Benoit de Spinosa (1719), réédité par la suite sous le titre de Traité des trois imposteurs (1721). Que David eût publié ce classique de la littérature clandestine n'est pas aussi étonnant qu'il n'y paraît au premier abord : des libraires parisiens, même les mieux réputés, vendaient des livres interdits s'ils y voyaient la possibilité de faire des bénéfices.

Dans l'affaire de la censure de l'Encyclopédie ainsi qu'à l'occasion d'une querelle avec Le Breton en 1769, David joue le rôle d'intermédiaire entre Diderot et les autres associés. De même, en 1765, c'est lui qui est chargé de négocier le salaire du directeur de l'entreprise. À ce moment-là Diderot le qualifie de « dur, avare, mais juste » dans une lettre à Sophie Volland ([18 août 1765], dans Correspondance, t. V, p. 92). Il l'avait considéré avec plus de bienveillance auparavant, car en 1759 il encourage Grimm et Voltaire à donner des conseils à David pour l'aider à créer un journal à succès. Diderot ignorait sans doute que son ennemi Palissot fût le partenaire de David dans cette entreprise. Plus tard, dans Le Neveu de Rameau, composé dans les années 1760 et 1770, Diderot répand, par l'intermédiaire d'un personnage, la rumeur malicieuse selon laquelle Palissot prétendait avoir couché avec l'épouse de David, à la grande humiliation de celui-ci.

En 1769, peu avant sa mort en 1770, David vend à Briasson sa part de l'Encyclopédie pour 166 000 livres.

Frank A. Kafker et Jeff Loveland

Date de mise en ligne : le 16 mars 2015.

Qu'est-ce que l'Encyclopédie ?

Indications bibliographiques :

Frank A. Kafker et Serena L. Kafker, The Encyclopedists as Individuals: A Biographical Dictionary of the Authors of the Encyclopédie, Oxford, Voltaire Foundation, 1988, p. 93-95.

Madeleine Pinault Sørensen, « DAVID, Michel-Antoine », Dictionnaire de Diderot, Roland Mortier et Raymond Trousson (éd.), Paris, Honoré Champion, 1999, p. 125-126.

Pour citer cet article :

Frank A. Kafker et Jeff Loveland, « Michel Antoine David (circa 1707-1770) », Les libraires associés, projet d'Edition Numérique Collaborative et CRitique de l'Encyclopédie, http://enccre.academie.sciences.fr (25-04-2017)

À propos des auteurs de cet article :

Frank A. Kafker et Jeff Loveland.

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