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Les libraires associés / Antoine Claude Briasson (1700-1775)

Antoine Claude Briasson
(1700-1775)

Antoine Claude Briasson naît à Lyon le 5 avril 1700, baptisé le 7 (extrait annexé à la tontine du 6 août 1734, Archives nationales, MC/ET/XLIX/573[74] et registres paroissiaux, paroisse Saint-Nizier), fils de Claude, marchand épicier, lui-même fils d'un marchand libraire (mariage de Claude le 12 février 1697, registres paroissiaux de Lyon Saint-Nizier). Il est aussi le neveu d'Antoine Briasson, marchand libraire décédé à Lyon le 15 janvier 1721 à l'âge de 63 ans (registres paroissiaux, Lyon Saint-Nizier), qui lui avait en particulier légué par testament « tout ce qui lui reste de marchandises de librairie etant dans son domicille », place des Jacobins (testament du 6 décembre 1720 annexé à un acte de notoriété du 3 septembre 1761, Archives nationales, MC/ET/XLIX/731). Il meurt à Paris le 28 février 1775 (paroisse St-Séverin, inventaire après décès du 27 juillet 1775, Archives nationales, MC/ET/XLIX/819) et est inhumé le 2 mars suivant (Petites Affiches).

Arrivé jeune à Paris, il est reçu maître libraire en juillet 1724 après avoir fait un premier apprentissage chez Nicolas Simart (à partir de 1720) et un second chez Antoine Gandouyn (à partir de 1722). Marié en 1725 à Marie Anne Pochard, belle-fille du libraire parisien Jacques Estienne, il a au moins trois enfants, dont seul Antoine Claude (1745-1778), écuyer, conseiller secrétaire du roi, lui survivra.

Au cours de sa vie, Briasson a occupé les postes les plus élevés parmi la Communauté des libraires et imprimeurs de Paris : adjoint en 1739, consul en 1758, juge-consul en 1765, et syndic en 1768. Libraire rue Saint-Jacques, « à la Science et à l'Ange gardien », il publie des livres de toutes sortes, notamment des ouvrages des sciences naturelles, de médecine, de théâtre, de référence et de bibliographie ainsi que des titres périodiques. Au service d'une clientèle venant de toutes les régions de France comme de Russie, de Prusse et d'autres pays, il est l'un des libraires les plus riches de son temps. Son inventaire après décès révèle que son seul stock de livres valait plus de 300 000 livres, et cela ne représentait qu'une petite partie de sa fortune. Un rapport de police de 1752 le trouve « dans de fort belles entreprises [...]. On l'appelle le corsaire de la librairie, parce qu'il vend exclusivement cher » (BnF, f.fr. 22106, f. 242).

Au début de la publication de l'Encyclopédie, Briasson ne possédait qu'un sixième des parts de la société qui l'attachait aux libraires André François Le Breton, Michel Antoine David et Laurent Durand. Il n'a pas signé d'articles pour l'Encyclopédie, contrairement à Le Breton et à David, mais il s'est acquitté assidûment des charges que lui ont confié ses associés ; il a travaillé dur pour que l'entreprise réussisse ; et il est devenu, après la mort de Durand (1763), la retraite de David (1769) puis celle de Le Breton (1772), l'unique éditeur de l'Encyclopédie, et le détenteur de son privilège à partir du neuvième tome des planches (1771). Depuis longtemps déjà, et non sans raison, Voltaire l'appelait « l'imprimeur de l'Enciclopédie » (à Etienne Noël D'Amilaville, 26 juillet 1764, D12013), et l'Encyclopédie « son livre » (à D'Alembert, 13 novembre [1756], D7055). Voir Œuvres complètes, éd. Besterman, t. 112, p. 44 ; t. 101, p. 366.

Briasson est associé au projet de publication de l'Encyclopédie le 18 octobre 1745 au même titre que David et Durand. Il est peu probable qu'il ait participé à la sélection du premier rédacteur en chef, l'abbé Jean Paul De Gua de Malves : « Cet ouvrage [...] avait avant mes vues, passé, pour la direction, entre les mains de M. l'abbé de Gua [...]. » (Correspondance passive de Formey, p. 34). En 1747, Diderot et D'Alembert remplacent De Gua et assument la place qu'on leur connaît à la tête de l'entreprise. Mieux choisi que De Gua, Diderot avait sans doute progressé grâce à ses travaux antérieurs pour les mêmes libraires. En 1742, Briasson avait publié une Histoire de Grèce de Temple Stanyan, traduite par Diderot et à l'heure même de l'Encyclopédie naissante, Diderot travaillait avec Marc Antoine Eidous et François Vincent Toussaint à une traduction du Medicinal Dictionary de Robert James – projet mené par Briasson, et dont les fruits ont été publiés de 1746 à 1748 par lui et ses associés de l'Encyclopédie. Malheureusement, la part prise par Briasson dans le recrutement de Diderot reste inconnue.

Dans le ralliement de Jean Henri Samuel Formey à l'Encyclopédie, le rôle prépondérant de Briasson ressort clairement. Il se peut également que Briasson ait été pour quelque chose dans la participation de Pierre Tarin et Auguste-François Jault à l'Encyclopédie. Pourtant, recruter des auteurs, c'était peut-être le moindre des services que Briasson effectuait pour l'Encyclopédie. « Je suis le directeur de la Compagnie », annonçait-il à Formey en 1748 (Correspondance passive de Formey, p. 41). Son office de « directeur » suggère qu'il s'entendait bien avec ses associés et qu'il leur inspirait confiance. On lui a certes accordé de lourdes responsabilités : c'est lui qui maintientt le livre des comptes dès l'accord du 18 octobre 1745. Cette tâche exige qu'il enregistre de nombreuses dépenses et, en particulier, qu'il tienne compte de l'argent reçu des souscripteurs et payé à des auteurs, des artisans, des papetiers et d'autres participants à l'entreprise.

En outre, les associés de Briasson le nomment gardien du stock de l'Encyclopédie, et il s'occupe de la plupart des ventes – fardeaux énormes, puisqu'il s'agit de grosses sommes d'argent : pour l'édition in folio, on tire quelque 4 225 exemplaires des dix-sept tomes de discours et quelque 4 000 exemplaires des onze tomes de planches. Des centaines de souscripteurs à travers la France et l'Europe réclament son attention. Il doit rappeler leur contrat à ceux qui ne paient pas et envoyer des exemplaires encombrants à divers endroits.

Si la sixième part d'intérêt de Briasson dans l'Encyclopédie le dédommageait suffisamment de tous ces devoirs, lui et David ont dû regarder d'un autre œil leur voyage à Londres en 1751 pour négocier avec des libraires entreprenant une contrefaçon : « Comme il s'agit de quitter ses affaires pour s'y transporter, la Compagnie a décidé que le proffit qui pourra luy avenir desdites négociations sera partagé pour quart [...]. » (Louis-Philippe May, Documents nouveaux sur l'Encyclopédie, p. 25-26). En effet les associés pensaient non seulement détourner les libraires anglais de leur projet de reproduction de l'Encyclopédie mais encore faire affaire dans d'autres domaines. Le bilan du voyage est loin d'être clair. Un seul volume d'une édition londonienne de l'Encyclopédie paraît en 1752. Entre-temps, Briasson et David sont rentrés après environ deux mois de pourparlers en décembre 1751, satisfaits pour le moins d'une « affaire des Transactions philosophiques » qu'ils venaient de conclure. Il est probable que les négoces conclus s'élevaient à plus de six mille livres pour les Français.

La description de Briasson élaborée par la police est plutôt flatteuse, comme celle de Le Breton. Alors que la police trouvait David et Durand suspects ou pires, Briasson n'attirait que leur admiration : « Il ne vend que de bons livres et est tres riche ; c'est un homme tres assidu chez luy et attaché à son commerce qu'il entend parfaitement […]. ». Pour D'Alembert, Briasson est avant tout un homme d'affaires. À la différence de Le Breton et David, signataires d'une poignée d'articles pour l'Encyclopédie, et à la différence encore plus marquée de leur héritier Charles Joseph Panckoucke, auteur de textes carrément philosophiques, Briasson tenait ferme derrière son comptoir, peu tenté, semble-t-il, par la gloire intellectuelle. Dans le Neveu de Rameau, dont la rédaction remonte probablement aux années 1760 et 1770, Diderot est en accord avec le jugement de la police, évoquant par l'intermédiaire du personnage MOI un Briasson rigoureusement professionnel et honnête homme.

On peut noter qu'il rachète à Louis Etienne Ganeau le privilège de l'Imprimerie de Trévoux et les parts de la société formée pour son exploitation en juin 1760.

L'Encyclopédie a survécu et prospéré. Briasson, pour sa part, y a participé plus longtemps que ses trois associés, et il a sans doute ressenti une certaine satisfaction à voir paraître, en 1765, les dix derniers tomes de discours et, en 1772, les derniers tomes de planches. Unique propriétaire de l'Encyclopédie à cette époque, il voyait s'achever le projet auquel il concourait depuis presque trente ans, et qui lui avait fait gagner toute une fortune. Dès 1769, malheureusement, il a dû se défendre dans le procès lancé contre les libraires associés par Pierre-Joseph Luneau de Boisjermain, souscripteur vexé par l'augmentation du prix du recueil au cours de son évolution. Briasson enrage de la restitution proposée. Diderot tente de réconcilier les deux parties, mais Briasson se montre inflexible, de même que Le Breton. En fin de compte, le procès est réglé en faveur de l'Encyclopédie, mais seulement en 1778, trois ans après la mort de Briasson.

Le succès de l'Encyclopédie dérivait d'une vaste collaboration – d'auteurs, de libraires, même de certains ministres – mais le nom de Briasson mérite d'être retenu dans la liste de ceux qui y ont le plus contribué.

Notice originale de Frank A. Kafker et Jeff Loveland,
avec les compléments biographiques de Françoise Launay

Date de mise en ligne : le 16 mars 2015.
Dernière mise à jour : le 16 mars 2015.

Qu'est-ce que l'Encyclopédie ?

Indications bibliographiques :

Jean Henri Samuel Formey, Correspondance passive, éd. Martin Fontius et al. , Genève, Slatkine, 1996.

Voltaire, Correspondence and related documents, éd. Theodore Besterman, Les Œuvres complètes de Voltaire, t. 85-135, Oxford, Voltaire Foundation, 1968-1977.

« BRIASSON, Antoine Claude », dans Dictionnaire des imprimeurs, libraires et gens du livre à Paris, 1701-1789, éd. Frédéric Barbier et al. , t. I, Genève, Droz, 2007, p. 308-315.

Frank A. Kafker et Jeff Loveland, « Antoine-Claude Briasson et l'Encyclopédie », Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, 35, 2003, p. 131-142. [Consulter]

Louis-Philippe May, Documents nouveaux sur l'Encyclopédie : histoire et sources de l'Encyclopédie d'après le registre de délibérations et des comptes des éditeurs, et un mémoire inédit, Revue de synthèse, 15, 1938, p. 7-110.

Françoise Weil, « L'impression des tomes VIII à XVII de l'Encyclopédie », Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, 1, 1986, p. 85-93. [Consulter]

Pour citer cet article :

Frank A. Kafker et Jeff Loveland, avec les compléments biographiques de Françoise Launay, « Antoine Claude Briasson (1700-1775) », Les libraires associés, projet d'Edition Numérique Collaborative et CRitique de l'Encyclopédie, http://enccre.academie.sciences.fr (23-03-2017)

À propos des auteurs de cet article :

Frank A. Kafker et Jeff Loveland.

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