Edition Numérique Collaborative
et CRitique de l'
Encyclopédie
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La fabrique de l'Encyclopédie / Qu'est-ce qu'un « encyclopédiste » ?

Qu'est-ce qu'un « encyclopédiste » ?

Les collaborateurs de l'Encyclopédie, c'est-à-dire « la société de gens de lettres » ayant contribué aux dix-sept volumes de texte et onze volumes de planches, peuvent être identifiés de plusieurs façons.

La première, à privilégier pour les volumes de texte, est la signature d'articles, ou de parties d'articles de l'Encyclopédie, soit explicitement, soit via une marque d'auteur, explicitée dans un ou plusieurs avertissements de volumes. Certains collaborateurs ne sont pas mentionnés dans l'article même, mais seulement dans le Discours préliminaire ou un avertissement, parfois avec une mention précise de l'article concerné, parfois sans (c'est le cas de ceux qui ont fourni des « secours », mentionnés dans le Discours préliminaire, comme l'abbé Sallier).

La seconde est l'utilisation de sources extérieures à l'Encyclopédie, en premier lieu, le livre des comptes des libraires. Des manuscrits peuvent également permettre d'identifier des textes envoyés aux « éditeurs ». La distinction entre « textes envoyés aux éditeurs de l'Encyclopédie » et « textes utilisés par les éditeurs de l'Encyclopédie » n'est pas toujours aisée à faire.

En gardant ces éléments en tête, on voit que les chercheurs du XXe siècle ont dressé des listes d'« encyclopédistes » en fonction de ces différents critères, parfois explicitement, parfois moins. Reproduire ces listes sans indiquer suivant quels critères elles ont été établies induit le lecteur à penser qu'elles existent telles quelles dans l'Encyclopédie, ce qui n'est pas le cas.

Schwab ayant pour objectif une description fine des vingt-huit volumes de textes et planches, menée à bien dans l'Inventory, s'est donc exclusivement fondé sur les attributions de l'Encyclopédie, dans les articles ou les textes d'escorte, lorsqu'elles permettaient d'attribuer tout ou partie d'article à un auteur. Kafker (1988) a ajouté des personnes citées explicitement dans un texte d'escorte mais auxquelles on ne pouvait pas attribuer un article en particulier. Par exemple, on trouve Allard dans Kafker et pas dans Schwab : « M. Allard, qui s'applique à la Physique expérimentale & aux Méchaniques, nous a fourni des modèles de plusieurs machines qu'il excelle à exécuter, & quelques articles d'Arts » (Enc., t. III, p. xv). Cette « omission » de Schwab est cohérente avec ses critères, puisqu'il n'est pas possible, pour l'instant, d'attribuer à Allard des articles précis.

May, quant à lui, établit une liste à partir du livre de dépenses des libraires, qui commence fin 1745. C'est bien entendu beaucoup plus discutable, parce que l'on ne sait pas pour quelle tâches ces personnes sont payées, mais comme il s'agit du livre de comptes de l'Encyclopédie, ce sont bien sûr des « collaborateurs » de l'ouvrage, d'une façon ou d'une autre. Inversement, Diderot a pu rétribuer directement certains collaborateurs, comme De Gua le faisait, sans que leur nom soit porté ce registre. Une autre question ouverte est celle de la date choisie comme point de départ de l'Encyclopédie : le projet commence-t-il avec Sellius et Mills (1745), le début du registre des libraires (décembre 1745), De Gua et la première équipe que l'on ne connaît pas précisément (1746), ou encore Diderot et D'Alembert (1747) ? Chacun ayant commencé à travailler avant la signature du contrat les liant aux libraires, ce n'est pas chose aisée à déterminer.

Nous avons donc commencé par établir une liste de collaborateurs « explicites » (c'est-à-dire auxquels au moins un article est attribué explicitement par l'Encyclopédie elle-même), des « encyclopédistes encyclopédiques » pourrait-on dire : ceux que Schwab a repéré, donc.

À cette liste vient s'ajouter une liste de collaborateurs restitués pour une raison ou une autre : soit qu'un manuscrit soit retrouvé, c'est la cas par exemple de Lubières, soit qu'ils soient cités dans l'Encyclopédie sans article précisément attribué, par exemple Allard, soit qu'on les trouve sur la liste de May, par exemple Clairaut. Nous pourrions les appeler, pour reprendre les catégories utilisées par l'équipe ENCCRE, les « encyclopédistes critiques ».

Pour le projet ENCCRE, nous documentons les uns et les autres, en privilégiant les premiers.

Irène Passeron

Dernière mise à jour : le 15 mars 2015

Qu'est-ce que l'Encyclopédie ?

Indications bibliographiques :

John Lough, Essays on the Encyclopédie of Diderot and D'Alembert, London/New York/Toronto, 1968.

Louis-Philippe May, Documents nouveaux sur l'Encyclopédie : histoire et sources de l'Encyclopédie d'après le registre de délibérations et des comptes des éditeurs, et un mémoire inédit, Revue de synthèse, 1938, t. XV, p. 7-110.

Richard N. Schwab, Walter E. Rex, John Lough, Inventory of Diderot's Encyclopédie, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century 80, 83, 85, 91, 92, 93, 223, Genève/Oxford, Voltaire Foundation, 1971-1972, 1984, 7 vol : t. I (SVEC, 80, 1971) ; t. II (SVEC, 83, 1971) ; t. III (SVEC, 85, 1972) ; t. IV (SVEC, 91, 1972) ; t. V (SVEC, 92, 1972) ; t. VI (SVEC, 93, 1972) ; t. VII (SVEC, 223, 1984).

Pour citer cet article :

Irène Passeron, « Qu'est-ce qu'un "encyclopédiste" ? », La fabrique de l'Encyclopédie, projet d'Edition Numérique Collaborative et CRitique de l'Encyclopédie, http://enccre.academie.sciences.fr (25-04-2017).

À propos de l'auteur de cet article :

Irène Passeron est chargée de recherches au CNRS, membre de l'Institut de mathématiques de Jussieu - Paris Rive Gauche, et coordinatrice du Groupe d'édition des Œuvres complètes de D'Alembert.

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