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Encyclopédie
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Éditeurs et collaborateurs de l'Encyclopédie / Abbé Claude Yvon (1714-1789)

Abbé Claude Yvon
(1714-1789)

Né le 15 avril 1714 à Mamers dans la province du Maine. Son père était marchand. Une fois devenu prêtre, il s'installe à Paris, où il vit dans la pauvreté, sans aucune fonction ecclésiastique. Au début des années 1750, on le retrouve comme étudiant au Collège de Navarre, où il a probablement préparé un doctorat de théologie. D'après ses dires, il aurait été engagé dans l'Encyclopédie par l'abbé Raynal, qui aurait fait passer ses articles pour les siens en empochant une partie de la rémunération à sa place. À peine la ruse est-elle éventée et ses articles de religion et de philosophie parus dans les deux premiers volumes (notamment AME, ATHÉES, ATHÉISME), qu'il se trouve mêlé à l'affaire de l'abbé de Prades, avec lequel il partageait un appartement et préparait un ouvrage religieux (voir J. S. Spink, « Un abbé philosophe… », p. 146). Soupçonné d'avoir participé à la rédaction de la thèse de Prades, qui fait scandale, il doit s'exiler en 1752, en même temps que Prades. Il vit en Hollande (où il entre en 1755 dans la loge maçonnique « Concordia Vincit Animos »), à Liège et peut-être ailleurs durant une dizaine d'années, durant lesquelles il s'adonne à quelques travaux alimentaires tels que la correction des épreuves du Discours sur l'origine de l'inégalité de Rousseau. Il apporte aussi son aide à Pierre Rousseau pour la publication du Journal encyclopédique.

Ses adversaires décèlent des atteintes à la morale et des propositions hérétiques dans les articles signés qu'il donne dans deux premiers tomes de l'Encyclopédie, ainsi que de nombreux plagiats. A partir du troisième tome, ses articles paraissent anonymement ; son absence est signalée à la fin du tome III : « M. l'Abbé Yvon qui avoit la lettre X, est absent » (Enc., III, p. 905). Il se plaindra plus tard de ne pas avoir été payé pour leur rédaction. Pour sa part, il se percevait comme un bon catholique, tentant de concilier raison et révélation et prônant la tolérance civile pour les hérétiques dans Liberté de conscience resserrée dans des bornes légitimes, publié en 1754 et bientôt mis à l’Index.

En 1762, il rentre en France et, l'année suivante, il écrit des Lettres à monsieur Rousseau pour défendre la condamnation d'Émile par Christophe de Beaumont. Cela n'empêche pas l'archevêque de Paris d'arrêter, en 1768, la publication de son Abrégé de l'Histoire de l'Église depuis son origine jusqu'à nos jours après la parution des trois premiers volumes et ses confrères de lui refuser un prix pour son Histoire de la religion où l'on accorde la philosophie avec le christianisme (1785), à cause de son rôle dans l'affaire de Prades et de sa conduite ultérieure. Il a reçu quelque temps la protection du marquis Marc René de Voyer de Paulmy d'Argenson (1722-1782), lieutenant général des armées du roi (qui lui procure une rente ecclésiastique près de Tours mais avec lequel il se fâche en 1773) et il a été engagé comme historiographe par le comte d'Artois. Après 1782, il recevra la protection de l'évêque Talaru de Chalmasel, qui le nommera chanoine de Coutances et le logera au palais épiscopal jusqu'à sa mort, survenue à Paris durant les derniers jours de novembre 1789 (voir scellés du 1er décembre 1789 à Coutances, AD Manche, 5E 2993 pièce 4370).

Sylviane Albertan-Coppola,
avec la collaboration de Françoise Launay

Notice publiée le 31 décembre 2014
Dernière mise à jour le 6 juin 2016.

Les collaborateurs de l'Encyclopédie

Indications bibliographiques :

Sur Yvon

Mémoires secrets, 4 février et 6 novembre 1762 ; 5 septembre 1763 ; 22 avril 1768 ; 4 octobre 1786.

Gustave Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, Paris, Michaud, 1811-1828, 52 vol., t. 51, p. 552-553. [Consulter]

Barthélemy Haureau, Histoire littéraire du Maine, Le Mans, A. Lanier ; Paris, Julien, Lanier et Cie, 1843-1852, 4 vol., t. IV, p. 364-373. [Consulter]

Ferdinand Hoefer, Nouvelle Biographie générale, Paris, Firmin Didot frères, 1852-1866, 46 vol., t. 46, p. 917-918. [Consulter]

Pierre Davoust, « Communication : “Un encyclopédiste mamertin : l'abbé Yvon” », Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe, 1994, p. 147-148.

Sur sa participation à l'Encyclopédie

Frank A. Kafker, « The risks of contributing to Diderot's Encyclopedia », Diderot Studies, 16, 1973, p. 124-125.

Frank A. Kafker et Serena L. Kafker, The Encyclopedists as individuals: a biographical dictionary of the authors of the Encyclopédie, Oxford, Voltaire Foundation, SVEC, 257, 1988, p. 403-406. Résumé et traduction dans RDE, 8, 1990, p. 120-121. [Consulter]

John Lough, Essays on the Encyclopédie of Diderot and d'Alembert, London, 1968, p. 340-341.

Jacques Proust, Diderot et l'Encyclopédie, Paris, A. Colin, 1962, p. 153-159.

Pierre Rétat, Le « Dictionnaire » de Bayle et la lutte philosophique au XVIIIe siècle, Paris, Les Belles-Lettres, 1971, p. 403-411.

John S. Spink, « Un abbé philosophe : l'affaire de J.-M. de Prades », Dix-huitième siècle, 3, 1971, p. 146-147.

Franco Venturi, Le Origini dell'Enciclopedia, il capolavoro dell'illuminismo (1re éd. 1946), 2e éd., Torino, G. Einaudi, 1963, p. 66-68.

Paul Vernière, Spinoza et la pensée française avant la Révolution, Paris, PUF, 1954, p. 584-587.

À propos de l'auteur de cet article :

Sylviane Albertan-Coppola et Françoise Launay.

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