Edition Numérique Collaborative
et CRitique de l'
Encyclopédie
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Éditeurs et collaborateurs de l'Encyclopédie / François Marie Arouet de Voltaire (1694-1778)

François Marie Arouet de Voltaire
(1694-1778)

Alors qu'il ne fait pas partie des souscripteurs de la première heure, la participation de « M. de Voltaire », parmi les « nouveaux Bienfaiteurs de l'Encyclopédie », est annoncée à grand renfort de publicité, avant même la publication de ses premiers articles, dans l'Avertissement du tome IV (Enc., IV, p. ij) : par la suite, les « éditeurs » ne manquent pas de signaler, dans l'Avertissement de chaque tome (V, p. i ; VI, p. vj ; VII, p. xiij), la liste des articles que l'on doit à cet illustre contributeur, dont l'implication tombe à point nommé après l'interdiction des deux premiers tomes (voir la bataille de la publication). Une mention spéciale est faite en préambule de l'article ELOQUENCE : « en contribuant par son travail à la perfection de l'Encyclopédie », Voltaire « veut bien donner à tous les gens de Lettres citoyens, l'exemple du véritable intérêt qu'ils doivent prendre à cet ouvrage » (V, p. 529a). De son côté, Diderot mentionne aussi son nom lorsqu'il évoque, dans l'article ENCYCLOPÉDIE, « les hommes de Lettres de la plus grande réputation » qui « n'ont pas dédaigné » d'« envoyer quelques morceaux dans leur genre » (V, p. 645b).

Les contributions de Voltaire

Selon la formule récurrente dans les Avertissements des tomes IV, V et VI, les « éditeurs » indiquent que, au-delà des articles mentionnés, Voltaire en « fait espérer » « d'autres » : au total, ses contributions demeurent assez modestes, et étroitement circonscrites, s'agissant de leurs dates d'envoi, aux années 1754-1758. La collaboration de Voltaire ne résiste pas à la crise qui conduit à l'interdiction de 1759 (voir R. Naves, Voltaire et l'Encyclopédie, 1re partie).

Modestes, ces contributions le sont par leur nombre : compte non tenu des articles que Voltaire pourrait avoir inspirés ou remaniés – par exemple, ceux du pasteur Polier de Bottens, ou encore l'article GENÈVE rédigé par D'Alembert – quarante-cinq articles paraissent qui, à l'exception de cinq d'entre eux publiés dans le tome VIII, sont signés par la même formule, « [Cet] article [est] de M. de Voltaire ». Tous ont semble-t-il fait l'objet d'une demande expresse de la part de D'Alembert. En revanche, d'autres projets n'aboutissent pas. C'est le cas d'un article Historiographe, que ses « chers maîtres » lui donnent « à traiter » (à D'Alembert, 29 décembre [1757], Voltaire, Correspondence and related documents, éd. Th. Besterman, D7539) : un article signé de l'astérisque de Diderot, qui rend d'ailleurs hommage à Voltaire, paraît sous cette vedette dans le tome VIII. C'est encore le cas d'un article Littérature, annoncé dans l'Avertissement du tome IV : un article de Jaucourt paraît dans le tome IX. Voltaire renonce encore à traiter Formaliste (Diderot s'en chargera), Généalogie (Jaucourt s'en chargera) ou Guerre littéraire (le projet n'a pas de suite). Ses offres de service pour les articles Génie, Humeur et Idée n'aboutissent pas : Jaucourt et Saint-Lambert se chargeront du premier, Diderot du second, Lubières du dernier.

Modestes, ces contributions le sont aussi par leurs objets : lorsqu'il évoque l'envoi de ses premiers articles, Voltaire ne prétend donner que des « cailloux pour fourrer dans quelques coins de mur » (à D'Alembert, mai-juin 1754, D5832) ; il n'est qu'un « garçon encyclopédiste » (à D'Alembert, 29 novembre [1756], D7067). L'observation est indiscutablement vraie en ce qui concerne certains « petits articles ». Voltaire s'en plaint dans sa correspondance – les « entrepreneurs » de l'Encyclopédie lui « donnent quelquefois des articles peu intéressants à faire » (à Thieriot, 5 janvier [1758], D7559) – et le souligne, avec une certaine (mauvaise) humeur, jusque dans les colonnes de l'Encyclopédie. Ainsi de la fin de l'article HABILE, à laquelle Voltaire prie D'Alembert de « ne pas retrancher un mot » (3 janvier [1758], D7550) :

On craint d'enfler ce Dictionnaire d'inutiles déclamations ; ceux qui président à ce grand & important Ouvrage doivent traiter au long les articles des Arts & des Sciences qui instruisent le public ; & ceux auxquels ils confient de petits articles de littérature doivent avoir le mérite d'être courts. (Enc., VIII, p. 6b)

Il faut néanmoins signaler la présence, aux côtés d'une cohorte de « petits articles de littérature », d'articles traitant de sujets d'une certaine ampleur dans le domaine des belles-lettres (ELÉGANCE, ELOQUENCE, Esprit, FRANÇOIS ou FRANÇAIS, Genre de Style, notamment). Il en est d'autres enfin que Voltaire présente comme « importants », et qui se signalent en effet par leur ambition, voire par les « vérités délicates » qu'ils exposent (au comte d'Argental, 16 juin [1758], D7757) : c'est le cas des deux articles HISTOIRE et IDOLE, IDOLATRE, IDOLATRIE, dans lesquels se donne à lire le discours de l'historien, mais aussi du « philosophe ». L'importance de ces deux articles, qui paraissent à la fin de l'année 1765 dans la dernière livraison de l'Encyclopédie, se mesure aussi à leur devenir éditorial dans les Œuvres de Voltaire : le premier constitue l'armature de l'article « De l'Histoire » (1771) des Questions sur l'Encyclopédie, au sein duquel des développements nouveaux, tirés du Pyrrhonisme de l'histoire (1768), sont insérés ; le second est intégré, avec quelques ajouts, avant même sa publication dans l'Encyclopédie, dans la première édition, en 1764, du Dictionnaire philosophique portatif.

Il n'en demeure pas moins que quoique les « éditeurs » mentionnent, pour le tome VI et « pour les suivans », des « mots » traités « relativement à la Philosophie & à la Littérature » (VI, p. vj), en réalité, les deux tiers des articles de Voltaire sont rattachés, par leur désignant, à la Grammaire, les autres à la Morale, le reste concernant l'Histoire. Si le degré d'intégration de ces articles, petits et grands, au corpus encyclopédique s'avère en définitive assez faible, on observe cependant une assez forte cohérence entre ces différentes contributions, les articles de Voltaire comportant des renvois explicites ou implicites de l'un à l'autre, ce qui conduit à considérer qu'ils fournissent les éléments d'une poétique à l'état parcellaire (voir O. Ferret, Voltaire dans l'Encyclopédie, 3e partie).

Le poète et l'historien

La nature des branches du savoir dans lesquels s'inscrivent les contributions de Voltaire rejoint celle des domaines de spécialité et d'autorité qui lui sont reconnus lorsqu'on s'intéresse aux mentions faites par les autres encyclopédistes à sa personne et à ses ouvrages dans les quelque 330 articles recensés (voir O. Ferret, Voltaire dans l'Encyclopédie, 1re partie). L'Encyclopédie renvoie ainsi deux images principales de Voltaire, que condense la formule, employée par Jaucourt dans l'article PESARO : « le poëte historien » (Enc., XII, p. 448b).

D'une part, l'Encyclopédie célèbre le poète : celui, d'abord, de La Henriade, ouvrage auquel Diderot consacre un article (VIII, p. 132b) qui s'achève par un renvoi à l'article Poëme épique (XII, p. 815b-823a), dans lequel Jaucourt exploite de larges extraits de l'Essai sur la poésie épique initialement publié en anglais et dont la traduction française paraît d'abord à la suite de La Henriade. Mais, selon les critères alors en vigueur, le champ de la poésie comprend aussi la « poésie dramatique », c'est-à-dire le théâtre, et l'on trouve ainsi de nombreuses références aux tragédies, depuis Œdipe (1718) jusqu'à L'Orphelin de la Chine (1755), ainsi qu'aux textes théoriques constituant leurs péritextes, les comédies et les divertissements étant moins fréquemment évoqués. Si les vers de Voltaire remplissent à l'occasion une fonction ornementale, les textes théoriques sont aussi mis à contribution et de nombreux passages des œuvres servent d'exemples pour le traitement de questions de poétique.

D'autre part, les principaux ouvrages historiques de Voltaire constituent des références : l'Histoire de Charles XII (1731), l'Histoire de l'empire de Russie sous Pierre le Grand (1759, 1763), surtout l'Essai sur les mœurs et Le Siècle de Louis XIV, le plus souvent dans l'édition conjointe de ces deux textes, en 1756, sous le titre d'Essay sur l'histoire générale. À quelques exceptions près, ces mentions aux ouvrages historiques se trouvent sous la plume de Jaucourt (voir O. Ferret, Voltaire dans l'Encyclopédie, 2e partie) : selon la démarche qui, sans lui être spécifique (voir La place de la compilation), est caractéristique de sa méthode de composition, le chevalier extrait des passages qu'il agence dans ses articles. Parmi les passages particulièrement propres au réemploi, de nombreuses notices des Catalogues du Siècle de Louis XIV fournissent nombre de développements biographiques insérés dans les articles de Géographie. Mais Jaucourt reprend aussi certains chapitres thématiques du Siècle (le chapitre 37, « Du jansénisme », sert par exemple à composer les articles UNIGENITUS CONSTITUTION et VIRE ; D'Alembert en avait déjà exploité un passage dans FORMULAIRE), ou de l'Essai (le chapitre 3, « Des Indes », dans INDE ; les chapitres 25, « Des Normands vers le ixe siècle », et 26, « De l'Angleterre vers le ixe siècle », dans NORMANDS ; les chapitres 62, « De la croisade contre les Languedociens », et 138, « De la religion en France sous François Ier et ses successeurs », dans VAUDOIS, etc.). Si plusieurs emprunts peuvent s'expliquer par la commodité offerte par des passages prêts à découper, le travail de montage, parfois complexe, qui caractérise certains articles, par exemple MAHOMÉTISME, peut cependant être rapportée à des enjeux « philosophiques » (voir O. Ferret, « La philosophie de l'emprunt »). Il n'est sans doute pas anodin que, à l'instar de ce que l'on lit à la fin de l'article INDE, Jaucourt désigne souvent Voltaire comme « l'historien philosophe de ce siecle ».

C'est ainsi en grande partie grâce à Jaucourt que le « philosophe » Voltaire a droit de cité dans l'Encyclopédie, et principalement pour ses ouvrages historiques. En dehors des développements sur les belles-lettres, on trouve ainsi peu de mentions des Lettres philosophiques, il est vrai difficiles à assumer depuis la condamnation de l'ouvrage en 1734, de même qu'aux ouvrages de vulgarisation scientifique : même lorsqu'il s'efforce de répandre la philosophie de Newton, Voltaire n'apparaît pas comme une référence sérieuse. Au moment de la dernière livraison de l'Encyclopédie, les principales productions de Voltaire contre toutes les formes de la superstition religieuse et du fanatisme qui découle de l'intolérance catholique ordinaire, en un mot contre l'Infâme, ne sont pas encore parues : elles seraient de toutes façons difficiles à citer dans un ouvrage qui, depuis l'interdiction, s'achève dans un régime de semi clandestinité. L'examen des références à Voltaire dans l'Encyclopédie fait ainsi apparaître un effet de décalage entre l'histoire de la publication du Dictionnaire raisonné et celle de l'affirmation de Voltaire comme chef de file des « philosophes », pendant la décennie 1760. Lorsqu'on adopte le point de vue inverse, c'est encore une impression de décalage, dans la conception même de la mise en alphabet du combat des Lumières, qui ressort de la réception par Voltaire de l'Encyclopédie.

Voltaire, lecteur de l'Encyclopédie

Selon R. Naves (Voltaire et l'Encyclopédie, p. 105), qui ne connaissait pas l'existence des notes marginales consignées dans l'exemplaire de la bibliothèque de Ferney (voir L. Albina, « Voltaire lecteur de l'Encyclopédie » ; O. Ferret, « Voltaire, lecteur de l'Encyclopédie »), Voltaire aurait lu au moins 200 à 250 articles du Dictionnaire raisonné. Les déclarations publiques, la correspondance semi privée (avec D'Alembert, par exemple) ou privée, et les traces de lecture conservées dans son exemplaire de l'Encyclopédie font apparaître, avec des inflexions variables, un discours somme toute assez convergent, et mitigé dans ses jugements.

« Le travail de l'Encyclopédie est au-dessus des forces de ceux qui se sont déchaînés contre ce livre » (Enc., VII, 110a) : l'exemple polémique que donne Voltaire dans l'article FORCE illustre un positionnement de soutien apporté à l'entreprise, qui se poursuit au-delà de la fin de sa collaboration, jusque dans l'opuscule intitulé De l'Encyclopédie (1774), paru au début du règne de Louis XVI. Un soutien qui se manifeste, dès la suppression des deux premiers tomes en 1752, par des attaques inlassables contre les adversaires (voir La campagne anti-encyclopédique), dont, entre autres, le rédacteur des Mémoires de Trévoux, Berthier, l'auteur des Préjugés légitimes contre l'Encyclopédie, Chaumeix, et le rédacteur de L'Année littéraire, Fréron, font les frais. Même si ses relations avec Palissot, au moment de la représentation, en 1760, de la comédie diffamatoire des Philosophes, demeurent ambiguës, Voltaire ne manque pas de lui rappeler, dans une lettre du 4 juin 1760 (D8958) publiée ensuite, sans son consentement, par son correspondant, qu'il est solidaire de ceux qui ont été outragés : « J'ai encore la vanité de croire avoir été désigné dans la foule de ces pauvres philosophes qui ne cessent de conjurer contre l'État, et qui certainement seront cause de tous les malheurs qui nous arrivent. [...] Je me tiens donc très coupable de philosophie. » Et de livrer un éloge appuyé de l'entreprise :

Je regarde d'ailleurs l'entreprise de l'Encyclopédie comme le plus beau monument qu'on pût élever à l'honneur des sciences ; il y a des articles admirables, non seulement de M. D'Alembert, de M. Diderot, de M. le chevalier de Jaucourt, mais de plusieurs autres personnes, qui sans aucun motif de gloire ou d'intérêt, se sont fait un plaisir de travailler à cet ouvrage.

Il y a des articles pitoyables, sans doute, et les miens pourraient bien être du nombre ; mais le bon l'emporte si prodigieusement sur le mauvais, que toute l'Europe désire la continuation de l'Encyclopédie.

De semblables affirmations reviennent fréquemment, à partir du premier jugement émis dans l'édition de 1751 du Siècle de Louis XIV. À la suite du « Catalogue des artistes célèbres », Voltaire place cet ultime paragraphe :

Enfin le siècle passé a mis celui où nous sommes en état de rassembler en un corps, et de transmettre à la postérité le dépôt de toutes les sciences et de tous les arts, tous poussés aussi loin que l'industrie humaine a pu aller ; c'est à quoi a travaillé une société de savants remplis d'esprit et de lumières. Cet ouvrage immense et immortel semble accuser la brièveté de la vie des hommes.

Voltaire ajoute alors, à partir de l'édition de 1768 :

Il a été commencé par MM. D'Alembert et Diderot, traversé et persécuté par l'envie et par l'ignorance, ce qui est le destin de toutes les grandes entreprises. Il eût été à souhaiter que quelques mains étrangères n'eussent pas défiguré cet important ouvrage par des déclamations puériles et des lieux communs insipides, qui n'empêchent pas que le reste de l'ouvrage ne soit utile au genre humain. (Œuvres historiques, p. 1220)

Malgré l'expression de ce bémol, il convient de prendre au sérieux les marques d'intérêt dont témoigne Voltaire pour l'entreprise encyclopédique et l'esprit (critique) qui l'anime : il apprend à connaître dans les années 1750 la génération des D'Alembert, qui multiplient les marques de reconnaissance de sa stature au sein de la « République des lettres », voire dans le clan, encore mal défini, des « philosophes ». Et si, à la fin des années 1750, Voltaire prend ses distances par rapport à l'Encyclopédie, cette démarche s'entend moins comme la remise en cause du projet que comme l'expression de réserves par rapport à sa mise en œuvre concrète. Les critiques formulées concernent d'une part l'ordonnancement des articles et la « méthode » qui le sous-tend : « prolixité » inutile, « déclamations ». Elles portent d'autre part sur le contenu même que véhiculent les articles : en dehors des erreurs factuelles, toujours regrettables dans un imprimé, a fortiori dans une encyclopédie (ARGENT, Diderot ; Fleuve, D'Alembert ; POLICE, non signé), Voltaire stigmatise, à côté des « excellents articles » (GENÈVE, GÉOMÉTRIE, D'Alembert ; GÉNIE, Saint-Lambert ; HOBBISME, ou Philosophie d'Hobbes, Diderot ; HÉBRAIQUE (Langue), Boullanger ; PEUPLE, le, Jaucourt), les « puérilités » qui rendent ridicules certains articles (Femme, Desmahis ; Fêtes des Princes de France, Cahusac ; FŒTUS, Jaucourt), ou les « sottises » qui les déparent (AMITIÉ, MANICHÉISME, Yvon). Surtout, les « petites orthodoxies » relevées dans les articles de Métaphysique et de Théologie révèlent, notamment de la part des « éditeurs », une compromission idéologique dictée par la prudence ou par la ruse avec les « censeurs théologiens » (AME, Ame des Bêtes, Yvon ; APOCRYPHE, ENFER, Mallet). « Que je vous plains de ne pas faire l'Encyclopédie dans un pays libre ! », écrit à Diderot, vers le 5 janvier 1758 (D7561), celui qui signe sa lettre « le Suisse libre » : « Faut-il que ce dictionnaire, cent fois plus utile que celui de Bayle, soit gêné par la superstition qu'il devrait anéantir ; qu'on ménage encore des coquins qui ne ménagent rien ; que les ennemis de la raison, les persécuteurs des philosophes, les assassins de nos rois osent encore parler dans un siècle tel que le nôtre ! »

Faut-il, alors, refaire l'Encyclopédie ? « Il faut avouer qu'il y a beaucoup d'articles dans ce dictionnaire utile qui ne sont pas dignes de MM. D'Alembert et Diderot parce qu'ils ne sont pas de leur main », écrit Voltaire à Schouvalov, chambellan de la défunte impératrice Élisabeth, le 25 septembre [1762] (D10730) : « Il faudra absolument les refondre dans une seconde édition ». Voltaire avance aussi l'idée que cette refonte pourrait voir le jour en Russie. « Le projet de réduire cet ouvrage et de l'imprimer en pays étranger, est extrêmement approuvé », répète-t-il à D'Amilaville, le 4 août 1766 (D13469). Et, lorsque Panckoucke échafaude son projet d'effectuer une « nouvelle Encyclopédie », Voltaire ne manque pas de lui conseiller, en octobre-novembre 1768 (D15280), de « plutôt retrancher qu'ajouter à cette encyclopédie ». Il n'est pas certain que Voltaire envisage sérieusement de contribuer à une telle entreprise, même si, ce projet ayant fait long feu, il se lance, entre 1770 et 1774, dans un dernier ouvrage alphabétique qui constitue une somme de quelque 420 articles. Son titre – Questions sur l'Encyclopédie – annonce cependant un dialogue qui ne sera pas véritablement tenu.

Entre-temps, un autre ouvrage a vu le jour. Alors que la poursuite du Dictionnaire raisonné demeure incertaine, Voltaire interroge D'Alembert (25 avril [1760], D8872) : « sera-t-il défiguré et avili par de lâches complaisances pour des fanatiques, ou bien sera-t-on assez hardi pour dire des vérités dangereuses ? » Il prépare alors un Dictionnaire philosophique dont la dimension offensive et militante ainsi que la manière, qui privilégie ce qui est « court » et « salé », sont bien différentes de ce qui est mis en œuvre dans ce qu'il nomme la « grande » – et parfois la « grosse » – Encyclopédie. Tout est dit dans une lettre à D'Alembert du 5 avril [1766] (D13235), alors que Voltaire prépare la quatrième édition du Portatif : « Je voudrais bien savoir quel mal peut faire un livre qui coûte cent écus. Jamais vingt volumes in-folio ne feront de révolution ; ce sont les petits livres portatifs à trente sous qui sont à craindre ».

Olivier Ferret

Ouvrages de Voltaire

Corpus des notes marginales de Voltaire, Berlin/Oxford, Akademie-Verlag/Voltaire Foundation, 1979- [8 vol. parus]. [Notes sur les exemplaires de l'Encyclopédie, t. III, p. 360-417.]

Correspondence and related documents, éd. Theodore Besterman, Les Œuvres complètes de Voltaire / The Complete Works of Voltaire [OCV], t. 85-135, Oxford, Voltaire Foundation, 1968-1977, 51 vol.

De l'Encyclopédie (1774), éd. Nicholas Cronk, OCV, t. 43, Oxford, Voltaire Foundation, 2013, p. 545-565.

Dialogues chrétiens ou Préservatif contre l'Encyclopédie (1760), dans Mélanges, éd. Jacques van den Heuvel, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1961, p. 357-368.

Dictionnaire philosophique, éd. sous la dir. de Christiane Mervaud, OCV, t. 35-36, Oxford, Voltaire Foundation, 1994, 2 vol.

Lettres à Son Altesse Monseigneur le prince de *** (1767), Lettre VIII, « Sur l'Encyclopédie », éd. François Bessire, OCV, t. 63B, Oxford, Voltaire Foundation, 2008, p. 465-468.

Ode sur la mort de Son Altesse Royale Madame la princesse de Bareith (1759), éd. Ralph A. Nablow, OCV, t. 49B, Oxford, Voltaire Foundation, 2009, p. 1-57.

Œuvres alphabétiques I, éd. sous la dir. de Jeroom Vercruysse, OCV, t. 33, Oxford, Voltaire Foundation, 1987. [Articles pour l'Encyclopédie, p. 1-231.]

Questions sur l'Encyclopédie, éd. sous la dir. de Christiane Mervaud et Nicholas Cronk, OCV, t. 38-43, Oxford, Voltaire Foundation, 2007-2013, 7 vol. parus.

(éd.), Recueil des facéties parisiennes pour les six premiers mois de l'an 1760, s.l. [Genève, Cramer], 1760.

Relation de la maladie, de la confession, de la mort et de l'apparition du jésuite Berthier (1759) ; Relation du voyage de frère Garassise, neveu de frère Garasse, successeur de frère Berthier ; et ce qui s'ensuit, en attendant ce qui s'ensuivra (1760), éd. David Smith et Jean Orsoni, OCV, t. 49B, Oxford, Voltaire Foundation, 2009, p. 347-406.

Le Siècle de Louis XIV, dans Œuvres historiques, éd. René Pomeau, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1957, p. 603-1220.

Socrate, éd. Raymond Trousson, OCV, t. 49B, Oxford, Voltaire Foundation, 2009, p. 265-345.

Notice mise en ligne le 14 juin 2015.

Les collaborateurs de l'Encyclopédie

Indications bibliographiques :

Pour les éléments relatifs à la biographie de Voltaire, dont il ne pouvait être question ici, voir, sous la direction de René Pomeau, Voltaire en son temps, Paris/Oxford, Fayard/Voltaire Foundation, 1995, 2 vol.

Larissa L. Albina, « Voltaire lecteur de l'Encyclopédie », RDE, 6, avril 1989, p. 119-129. [consulter]

Olivier Ferret, Voltaire dans l'Encyclopédie, Paris, Société Diderot, coll. « L'Atelier, autour de Diderot et de l'Encyclopédie », à paraître.

Olivier Ferret, « La philosophie de l'emprunt : Jaucourt et l'histoire de l'Espagne dans l'Encyclopédie », Recueil d'Etudes sur l'Encyclopédie et les Lumières, 2, 2013, p. 181-203.

Olivier Ferret, « Voltaire, lecteur de l'Encyclopédie », Revue Voltaire, 3, 2003, p. 79-99.

Christiane Mervaud, « Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers », dans Jean Goulemot, André Magnan, Didier Masseau (éd.), Inventaire Voltaire, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 1995, p. 473-475.

Raymond Naves, Voltaire et l'Encyclopédie, Paris, Les éditions des presses modernes, 1938.

Pour citer cet article :

Olivier Ferret, « François Marie Arouet de Voltaire (1694-1778) », Les collaborateurs de l'Encyclopédie, projet d'Edition Numérique Collaborative et CRitique de l'Encyclopédie, http://enccre.academie.sciences.fr (21-08-2017)

À propos de l'auteur de cet article :

Olivier Ferret est Professeur à l'Université Lyon 2, membre du laboratoire Littérature, Idéologies, Représentations, XVIIIe-XXe siècles (LIRE, UMR 5611 du CNRS).

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