Edition Numérique Collaborative
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Encyclopédie
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Éditeurs et collaborateurs de l'Encyclopédie / Jean François de Saint-Lambert (1716-1803)

Jean François de Saint-Lambert
(1716-1803)

Jean-François de Saint-Lambert est né le 26 décembre 1716 à Nancy, en Lorraine. Issu d'une famille noble mais modeste, Saint-Lambert a été d'abord lieutenant, puis capitaine des gardes du duc Stanislas. Sa formation doit beaucoup à l'intense activité culturelle qu'a connue le duché au siècle des Lumières sous les règnes de Léopold Ier et de Stanislas Leszczynski.

Aujourd'hui, le nom de Saint-Lambert est cité dans les biographies de Voltaire et de Rousseau, à cause de ses relations avec Mme du Châtelet ou avec Mme d'Houdetot. Pourtant, de son vivant, il a connu un grand succès et il a été élu membre de l'Académie française en 1770. Le mérite historique de Saint-Lambert réside en ce que, avec Les Saisons (1769), il a contribué à créer un nouveau genre littéraire : la poésie descriptive, genre caractéristique de la seconde moitié du xviiie siècle et qui a pour finalité de célébrer la vie champêtre.

Selon la Correspondance de Mme de Graffigny, Saint-Lambert, dès sa jeunesse, montre un intérêt particulier pour l'écriture des vers : avant la publication des Saisons, dont il a entamé l'élaboration dans les années 1740, il a rendu publiques de nombreuses poésies fugitives. Toutefois, la rencontre avec les encyclopédistes (Diderot, Grimm, d'Holbach...) lui a ouvert une nouvelle voie : la rédaction d'articles pour l'Encyclopédie. De 1756 à 1765, il rédige dix-sept articles pour le Dictionnaire raisonné : FAMILIARITÉ (t. VI), FANTAISIE (t. VI), FASTE, (t. VI), FERMETÉ & CONSTANCE (t. VI), FLATERIE (t. VI), FRAGILITÉ (t. VII), FRIVOLITÉ, (t. VII), GÉNIE (t. VII), HONNÊTE (t. VIII), HONNEUR (t. VIII), INTERÊT (t. VIII), LÉGISLATEUR (t. IX), LOUANGE (t. IX), LUXE (t. IX), MANIERE (t. X), TRANSFUGE (t. XVII).

Chez Saint-Lambert, la création poétique et la rédaction des articles de l'Encyclopédie sont inséparables. S'il est vrai que ce sont The Seasons de James Thomson qui lui ont servi de source capitale dans la rédaction de ses hymnes à la nature, la rencontre avec les encyclopédistes, surtout avec Diderot, n'en a pas moins exercé une influence déterminante sur la formation de l'anthropologie sensualiste qui transparaît dans Les Saisons. Dans ce poème de la nature, Saint-Lambert souligne à plusieurs reprises que les plaisirs de la vie rustique tiennent à la jouissance du sentiment de l'existence et sa conception du sentiment peut être rapprochée de celle que Diderot développe dans l'article DÉLICIEUX de l'Encyclopédie. Il est aussi notable que, que dans diverses notes ajoutées à ses vers, Saint-Lambert renvoie ses lecteurs à certains des articles qu'il a rédigés pour l'Encyclopédie (LÉGISLATEUR, MANIERE). Plus généralement, si Saint-Lambert a d'abord pris pour modèle l'ouvrage de Thomson, après son arrivée à Paris il enrichit son poème de la nature de réflexions morales et philosophiques, sous l'influence des encyclopédistes qu'il fréquente. Ainsi, Les Saisons, qui ont été d'abord un simple poème de la nature, se sont transformées en un poème philosophique.

Lorsque Saint-Lambert entreprend la rédaction des Saisons, dans les années 1740, il s'agit pour lui de se forger une réputation en tant que poète. Mais, en 1769, lors de la publication du poème, il poursuit un autre but, qui est de prendre la défense de l'Encyclopédie. L'une des notes sur le chant intitulé « L'Hiver » se conclut ainsi par l'éloge de Diderot et D'Alembert : « Les Editeurs de l'Encyclopédie ont rendu un service immortel au genre humain ; quoiqu'il y ait dans ce Dictionnaire beaucoup d'articles foibles, & ce ne sont pas ceux de ces deux hommes illustres, il n'en est pas moins vrai qu'il renferme le dépôt des arts & des sciences » (p. 179).

Bien qu'elles aient été hautement appréciées par les lecteurs de son temps, Les Saisons de Saint-Lambert sont depuis longtemps tombées dans l'oubli. Toutefois, un examen de l'anthropologie développée dans cet ouvrage peut certainement contribuer à la compréhension d'un certain nombre des articles de l'Encyclopédie.

Sakurako Inoué

Notice mise en ligne le 15 juin 2015

Les collaborateurs de l'Encyclopédie

Indications bibliographiques :

Saint-Lambert, Les Saisons, Poëme, Amsterdam, 1769 [consulter].

Saint-Lambert, Les Saisons, poème, éd. Sakurako Inoué, Paris, Société des textes français modernes, 2014.

Sakurako Inoué, « Jean-François de Saint-Lambert, lecteur et collaborateur de l'Encyclopédie : autour d'une note sur “l'Été” des Saisons », Recueil d'Etudes sur l'Encyclopédie et les Lumières, 2, 2013, p. 115-130.

François Moureau, « Le manuscrit de l'article Luxe ou l'atelier de Saint-Lambert », RDE, 1, 1986, p. 71-84 [consulter].

Roger Poirier, Jean-François de Saint-Lambert (1716-1803) : sa vie, son œuvre, Sarreguemines, Éditions Pierron, 2001.

Jean-Paul Sermain, « Saint-Lambert, des saisons aux Saisons », Cahiers Roucher- Chénier, 6, 1986, p. 105-129.

Paul Vernois, « Entre Rousseau et Lamartine : la “rhétorique” de Saint-Lambert », Travaux de linguistique et de littérature, 7 (2), 1969, p. 133-144.

Pour citer cet article :

Sakurako Inoué, « Jean François de Saint-Lambert (1716-1803) », Les collaborateurs de l'Encyclopédie, projet d'Edition Numérique Collaborative et CRitique de l'Encyclopédie, http://enccre.academie.sciences.fr (25-04-2017).

À propos de l'auteur de cet article :

Sakurako Inoué est professeur adjoint à l'Université Keio (Tokyo, Japon), membre du Groupe d'Etudes sur l'Encyclopédie et les Lumières (GEEL).

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