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Éditeurs et collaborateurs de l'Encyclopédie / Jean François Marmontel (1723-1799)

Jean François Marmontel
(1723-1799)

Né en 1723 à Bort-les-Orgues en Limousin, Marmontel est issu d’une famille nombreuse et modeste. Son père, tailleur, envoie néanmoins cet élève doué faire sa scolarité au collège jésuite de Mauriac. Devenu répétiteur de philosophie à Clermont-Ferrand, il renonce à l’état ecclésiastique et se lance dans une carrière d’homme de lettres. Des prix obtenus aux jeux floraux de Montauban et de Toulouse en 1744 et 1745 le font connaître. Protégé et encouragé par Voltaire, Marmontel arrive à Paris à la fin de 1745 et se joint aux milieux littéraires les plus en vue. Il obtient en 1750, grâce à l’appui de Mme de Pompadour, le poste de secrétaire des bâtiments du Roi puis, en 1758, la direction du Mercure de France. C’est à cette occasion qu’il séjourne à Versailles et exploite les richesses de la bibliothèque royale, parcourant « les principales branches de la littérature ancienne et moderne » et formant « cet amas de matériaux » employés dans son « travail pour l’Encyclopédie » (Mémoires, Livre V, t. II, p. 6 et 7). Mais la faveur dont jouit Marmontel prend fin en décembre 1759 : alors qu’il a refusé de révéler l’identité de l’auteur d’une parodie de Cinna injurieuse pour le duc d’Aumont (qui dirige l’administration des Menus-Plaisirs), le brevet du Mercure lui est retiré et Marmontel passe une dizaine de jours à la Bastille : voir Mémoires, éd. J. Renwick, Livre VI, p. 396-410).

Préalablement, Marmontel a fourni pour les tomes III à VII de l’Encyclopédie une trentaine d’articles qui relèvent essentiellement des « Belles-Lettres », à l’exception des derniers, Gloire (Philosop. Morale), Grand (Philosop. Mor. Politiq.) et Grandeur (Phil. mor.) qu’il donne pour le tome VII. Là s’arrête la participation de Marmontel à l’entreprise. L’auteur réutilisera les articles qu’il a rédigés dans une Poétique françoise publiée en 1763, puis les intégrera, en les augmentant, dans le Supplément de l’Encyclopédie (1776-1777). Il participe encore à des ouvrages collectifs avec l’Encyclopédie méthodique de Panckoucke pour ses trois volumes de Grammaire et littérature (1782-1786) que Marmontel compose avec Beauzée. Marmontel recyclera enfin tous ces textes dans une somme de poétique qu’il intitulera Élémens de littérature et qu’il fera paraître dans le cadre de la publication des ses Œuvres complètes en 1787.

Quand il collabore à l’Encyclopédie, Marmontel est encore sinon un débutant, du moins un jeune auteur. Il va devenir plus tard l’un des plus grands notables du monde des lettres : il entre à l’Académie française en 1763 avec le soutien du clan philosophique, en devient secrétaire perpétuel en 1783, en remplacement de D’Alembert, et il est entre-temps nommé historiographe du roi (1772). Sa renommée est même internationale et on utilise sa prose fictionnelle un peu partout en Europe comme outil pour enseigner le français aux jeunes élites européennes.

Ses écrits couvrent toute la gamme des modèles d’écriture : il commence par composer des tragédies, porte d’accès au monde des lettres, invente le genre du Conte moral, rédige des centaines de vers, se fait librettiste pour Grétry et Piccinni ou illustre la veine du roman philosophique et militant avec Bélisaire (1767) et Les Incas (1777). De son œuvre, très variée et pourtant mal connue aujourd’hui, on ne retient généralement que quelques anecdotes : le succès de scandale de Bélisaire en 1767, ouvrage censuré par la Sorbonne, qui dénonçait l’intolérance religieuse ; les mauvais tours joués par le comédien Lekain, ou l’implication de Marmontel dans la querelle des piccinnistes et des gluckistes. On connaît surtout ses Mémoires qui constituent le plus remarquable tableau du monde des lettres du XVIIIe siècle et parfois ses Élémens de littérature.

Quittant Paris où il s’estime en danger en 1792, Marmontel finit sa vie en 1799, à Abloville, petit village de Normandie proche d’Évreux. Malgré quelques voyages ponctuels à Paris, après Thermidor, il reste à l’écart de la vie publique. Mort le 31 décembre 1799, il semble incarner le xviiie siècle dans son orientation de méritocratie vertueuse et laïque (avant que l’âge, à la fin de sa vie, ne le conduise à un certain conservatisme).

On retient généralement de Marmontel l’image d’un juge de paix des lettres, désireux de conjuguer les innovations des Lumières avec la thèse de l’apogée du classicisme esthétique, tiraillé entre une vision unifiante et une appréhension plus fragmentaire et éclatée des productions littéraires. On sera également sensible à la perspective morale qui est constamment la sienne dans son appréhension des phénomènes et des productions littéraires.

Sophie Lefay

Ouvrages de Marmontel cités

Élémens de littérature, s.l., 1787, 6 vol. (t. I, t. II, t. III, t. IV, t. V, t. VI).

Mémoires, éd. Maurice Tourneux, Genève, Slatkine reprints, 1967, 3 vol. (t. I, t. II, t. III) ; Mémoires, éd. John Renwick, Paris, Champion, 2008.

Poétique françoise, Paris, Lesclapart, 1763, 2 vol. (t. I, t. II).

Notice mise en ligne le 28 juin 2016.

Les collaborateurs de l'Encyclopédie

Indications bibliographiques

Michael Cardy, The literary doctrines of Marmontel, SVEC, 210, Oxford, Voltaire Foundation, 1982.

Scipion Lenel, Un homme de lettres au xviiie siècle : Marmontel, d’après des documents nouveaux et inédits, Paris, Hachette, 1902.

Jacques Wagner, Marmontel journaliste et le « Mercure de France 1725-1761, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1975.

Jacques Wagner, « Jean François MARMONTEL (1723-1799) », Dictionnaire des journalistes, éd. J. Sgard. Édition en ligne mise à jour : [consulter]

Pour citer cet article :

Sophie Lefay, « Jean François Marmontel (1723-1799) », Les collaborateurs de l'Encyclopédie, projet d'Edition Numérique Collaborative et CRitique de l'Encyclopédie, http://enccre.academie.sciences.fr (21-08-2017)

À propos de l'auteur de cet article :

Sophie Lefay est maître de conférences en littérature française du XVIIIe siècle à l'université d'Orléans.

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