Edition Numérique Collaborative
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Encyclopédie
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Éditeurs et collaborateurs de l'Encyclopédie / Edme-François Mallet (1713-1755)

Edme-François Mallet
(1713-1755)

Né à Melun le 29 janvier 1713 d'un père potier d'étain, Edme-François Mallet est d'abord instruit localement par un curé, puis il poursuit brillamment ses études au collège barnabite de Montargis. Il devient ensuite précepteur des enfants du fermier général Lalive de Bellegarde, avant d'entrer dans les ordres. Titulaire en 1742, avec les honneurs, d'un doctorat de théologie à la Faculté de Paris, il s'occupe un temps de l'éducation des enfants de la princesse de Rohan-Guémené mais, en 1744, il préfère rentrer à Melun pour être curé de campagne dans les environs. En 1745, il publie Principes pour la lecture des poètes et, en 1747, un Essai sur l'étude des belles-lettres.

C'est en novembre 1747 que commence sa collaboration à l'Encyclopédie. Il connaissait l'un des éditeurs de l'Encyclopédie, Laurent Durand, qui avait publié son premier livre, et sans doute aussi Diderot, lequel servit en 1750 de témoin dans le cadre d'un contrat avec le libraire Laurent-François Prault et lui rendit visite à la même époque. Mallet donne principalement à l'Encyclopédie des articles – pour la plupart compilés – sur le commerce (plus de 500, tirés de la Cyclopædia de Chambers et du Dictionnaire de commerce de Savary), l'histoire (plus de 600), la littérature (plus de 200) et la religion (plus de 550, publiés avec l'aval de l'Église jusqu'à sa mort). Le reste des deux mille articles ou parties d'articles qu'il a rédigés porte sur des sujets variés.

La Gazette ecclésiastique ayant taxé d'impiété certains de ces articles et Mallet s'étant opposé à la condamnation de la thèse de Prades (1752), il fut inquiété mais il fut finalement lavé de tout soupçon d'hérésie par Boyer, évêque de Mirepoix, et même récompensé par un canonicat à Verdun (1754). En retour, il rédige l'article CONSTITUTION UNIGENITUS contre les jansénistes, mais le directeur de la Librairie n'autorisa pas sa publication (d'après une lettre de Malesherbes à son père du 11 juillet 1754, BnF, NAF 3345, f. 147r). Mallet est également l'auteur de l'article PACIFICATION, qui fut l'objet de controverses car, partant de l'idée qu'un souverain n'est pas tenu d'honorer un traité qui lui a été extorqué par la force, il finissait par défendre la révocation de l'Édit de Nantes. Après sa mort, l'article fut revu par les encyclopédistes en faveur de la tolérance. Mallet collabora peut-être aussi, indirectement, au Recueil de planches en se renseignant auprès de son frère, qui avait suivi les traces de leur père, sur la poterie d'étain.

À la mort de sa mère, en 1751, il retourne à Paris pour occuper, sur nomination du roi, une chaire de théologie au Collège de Navarre. En 1753, il publie deux ouvrages sur l'art oratoire (Essai sur les bienséances oratoires et Principes pour la lecture des orateurs). Au cours des dernières années de sa vie, il traduit de l'italien l'Histoire des guerres civiles de France d'E. C. Davila (éd. posthume en 1757) et réunit des matériaux pour une Histoire générale des guerres, depuis l'établissement de la monarchie jusqu'au règne de Louis XIV et une Histoire du Concile de Trente. Il meurt à Paris, le 25 septembre 1755, d'une inflammation à la gorge.

La participation de l'abbé Mallet à l'Encyclopédie est problématique : alors qu'il est présenté par D'Alembert dans l'« Avertissement » du tome VI (Enc., VI, p. iii-v) comme un esprit tolérant (articles EXCOMMUNICATION et COMMUNION à l'appui), il soutient dans plusieurs articles des positions intransigeantes envers les protestants (PACIFICATION), les jansénistes (CONSTITUTION UNIGENITUS) et les incrédules (première partie de LIBERTE DE PENSER). Si la plupart de ses articles, comme l'a noté F. Kafker (1988, p. 240), relèvent plus de l'érudition que de la dispute, certains, apparemment neutres comme ALBIGEOIS, ne sont pourtant pas dénués de charge polémique (voir W. E. Rex, 2001, p. 136-137). La question se pose dès lors de savoir quelles raisons ont pu pousser les directeurs de l'Encyclopédie à employer ce théologien que Malesherbes désigne comme « le plus ardent ennemi de l'Encyclopédie ». Était-il, comme on l'a dit, un cheval de Troie au service de Boyer ? Un garde-fou destiné à éviter des écarts préjudiciables à l'entreprise ? Il est certain que le recrutement d'abbés orthodoxes, mis en avant dès le Discours préliminaire, constituait pour les éditeurs le meilleur gage de leur bonne foi en matière de religion. L'éloge que lui adresse D'Alembert dans l'« Avertissement » du tome VI allait dans le même sens. Un lecteur attentif ne pouvait néanmoins manquer de percevoir l'ambiguïté du propos de ce dernier : « Ennemi de la persécution, tolérant même autant qu'un Chrétien doit l'être, il ne voulait employer contre l'erreur que les armes de l'Evangile, la douceur, la persuasion, et la patience » (Enc., VI, p. v). Un certain nombre d'articles posthumes de Mallet comme PACIFICATION et LIBERTE DE PENSER (notamment dans sa partie finale dans laquelle d'aucuns ont pu voir la griffe de Jaucourt, d'autres celle de Diderot) seront d'ailleurs corrigés dans le sens de la tolérance.

Sylviane Albertan-Coppola

Dernière mise à jour : le 30 décembre 2014

Les collaborateurs de l'Encyclopédie

Indications bibliographiques :

J. Bruhat, « Un Melunais : Edme Mallet », La République de Seine-et-Marne, 26 février 1952.

Dorothy CAIGER SENGHAS, « The abbé Mallet: contributor to the Encyclopédie », M.A. thesis, Department of History, University of California, Davis, 1968.

Frank A. Kafker et Serena L. Kafker, The Encyclopedists as Individuals: a Biographical Dictionary of the Authors of the Encyclopédie, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 257, Oxford, Voltaire Foundation, 1988. [Sur Mallet, p. 238-243 ; résumé et traduction dans RDE, 8, 1990, p. 101-102 : consulter]

René Morel, « Les déboires d'un précepteur au xviiie siècle : l'abbé Edme Mallet et la princesse de Rohan-Guémené », Bulletin de la Société d'Archéologie, Sciences, Lettres et Arts du département de Seine-et-Marne, 13, 1908-1909, p. 191-208.

Walter E. Rex, « “Arche de Noé” and other religious articles by abbé Mallet in the Encyclopédie », Eighteenth century studies, 9, 1975-1976, p. 333-352 ; trad. sous le titre « L'Arche de Noé et autres articles religieux de l'abbé Mallet dans l'Encyclopédie », RDE, 30, 2001, p. 127-147 [consulter].

Richard N. Schwab et Walter E. Rex, Inventory of Diderot's Encyclopédie, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 80, 83, 85, 91-93, 223, Genève, Banbury, Oxford, 1971-1984.

Franco Venturi, Le Origini dell'Enciclopedia, il capolavoro dell'illuminismo (1946), Torino, 1963, p. 44-47.

Pour citer cet article :

Sylviane Albertan-Coppola, « Edme-François Mallet (1713-1755) », Les collaborateurs de l'Encyclopédie, projet d'Edition Numérique Collaborative et CRitique de l'Encyclopédie, http://enccre.academie.sciences.fr (23-03-2017).

À propos de l'auteur de cet article :

Sylviane Albertan-Coppola.

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