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Encyclopédie
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Éditeurs et collaborateurs de l'Encyclopédie / César Chesneau Du Marsais ou Dumarsais (1676-1736)

César Chesneau Du Marsais
ou Dumarsais (1676-1736)

Marque de collaborateur : (F)

Né à Marseille, orphelin de père, Du Marsais appartient à une famille de physiciens. Il fait ses études à l'Oratoire et entre dans cette congrégation, qu'il quitte à l'âge de 25 ans, profondément marqué par cette éducation empreinte de rigueur et de libéralité, et source d'hétérodoxies. Il part à Paris, se marie puis se sépare. Il devient avocat en 1704 puis précepteur chez Claude de Longueil, le marquis de Maisons, l'un des juges les plus importants du parlement de Paris. Cette amitié avec le marquis, homme cultivé et exempt de tout préjugé, lui assure les années les plus heureuses de son existence. Du Marsais rédige alors une Défense de l'Histoire des oracles de Fontenelle, écrit téméraire qui heurte les milieux jésuites. En 1757 paraît une publication posthume de l'Exposition de la doctrine de l'Église gallicane, par rapport aux prétentions de la cour de Rome, nouvelle attaque d'un esprit fort qui affirme son radicalisme anti-ultramontain. Insoumis, Du Marsais se brouille avec la famille de Maisons à la mort du marquis et conserve un vif ressentiment à l'égard de la noblesse.

Il devient ensuite précepteur du fils de John Law, conseiller du Régent et, après la banqueroute du système de Law, précepteur des enfants du soldat Louis-Bénigne, marquis de Bauffremont. Il commence à se passionner pour l'étude de la langue et publie l'Exposition d'une méthode raisonnée pour apprendre la langue latine (1722), Les Véritables principes de la grammaire ou Nouvelle grammaire raisonnée pour apprendre la langue latine (1729), Des tropes, ou des différens sens dans lesquels on peut prendre un même mot dans une même langue (1730) ainsi que plusieurs traités comme la Dissertation sur la Prononciation et l'orthographe de la langue françoise où l'on examine s'il faut écrire Français ou François, paru dans les Mercure de 1744 et 1746, un Traité sur l'inversion et un Fragment sur les Causes de la Parole, insérés tous deux dans les Principes de grammaire, et encore une Lettre d'une jeune Demoiselle à l'Auteur des Vrais Principes de la langue françoise, critique de Girard. Du Marsais défend l'idée d'une grammaire universelle, dans la filiation de Port-Royal, et se distingue par son application de la métaphysique à la grammaire. C'est lui qui incarne le mieux la veine des grammairiens philosophes.

Ses positions lui interdisent de prétendre à un poste de professeur, à un statut dans une société ou une académie royale, ni même à une pension royale. Il vit d'expédients, multiplie les postes précaires de précepteur et donne des leçons privées. Certains le soupçonnent d'écrire en secret des ouvrages violemment irréligieux, anti-chrétiens et surtout anti-catholiques et anti-cléricaux, comme le pamphlet intitulé Le Philosophe et les ouvrages sur L'Examen de la religion et La Religion chrétienne analysée. D'autres estiment qu'il est orthodoxe. Son athéisme est confirmé par Voltaire, Grimm et Saint-Simon qui le connaissaient personnellement. Tantôt considérés comme les manifestations de son athéisme matérialiste, tantôt comme les signes de son jansénisme, ses partis pris font encore débat.

Du Marsais vit convenablement durant les dernières années de son existence grâce à une pension allouée par son fils défunt et grâce à son revenu d'encyclopédiste. Il est l'un des principaux collaborateurs de l'Encyclopédie, auteur de quelque cent cinquante articles consacrés au langage et à la langue dans les volumes I à VI. Diderot et D'Alembert l'appréciaient beaucoup. Du Marsais rédige non seulement certains articles généraux – comme l'article Education – mais aussi, et surtout, des articles consacrés à des sujets grammaticaux qui peuvent à l'occasion développer des idées qui outrepassent largement le domaine linguistique. Dans les articles Caractère et Euphémisme notamment, Du Marsais condamne les superstitions et le fanatisme des anciens. À l'article Détermination en revanche, l'exemple canonique donné, « L'amour de Dieu », est nettement conventionnel.

Son érudition et sa parfaite connaissance des langues – voir notamment l'article Conjugaison – lui permettent d'élaborer dans l'Encyclopédie des théories grammaticales nouvelles. Reconnu par ses pairs, salué comme le plus grand grammairien de son époque, Du Marsais fait de la grammaire une science fondée sur les lois de la raison et s'intéresse tout particulièrement à l'enseignement des langues. Ses théories résultent d'un méticuleux travail en amont, à partir de ses prédécesseurs, et influenceront profondément, en aval, les analyses de ses nombreux successeurs. Du Marsais développe une conception sensualiste du langage, source des connaissances et des idées, et rapproche l'étude de la langue de la métaphysique. Les articles composés pour l'Encyclopédie forment la meilleure partie de son œuvre grammaticale. Quelques-uns des plus importants ont été réunis après sa mort sous le titre Logique et Principes de grammaire (1769).

Du Marsais meurt à Paris en 1756, au milieu de l'entreprise encyclopédique. D'Alembert rédige un éloge du grammairien novateur en préface au tome VII. Beauzée prendra sa suite.

Elise Pavy-Guilbert

Dernière mise à jour : le 30 décembre 2014

Les collaborateurs de l'Encyclopédie

Indications bibliographiques :

Sylvain Auroux, La Sémiotique des encyclopédistes. Essai d'épistémologie historique des sciences du langage, Paris, Payot, « Langages et sociétés », 1979.

Silvia Berti, « César Chesneau Du Marsais entre gallicanisme et “philosophie” : l'Exposition de la doctrine gallicane, par rapport aux prétentions de la Cour de Rome (1757) », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 241, Oxford, Voltaire Foundation, 1986, p. 237-251.

Daniel Droixhe, La Linguistique et l'appel de l'histoire (1600-1800). Rationalisme et révolutions positivistes, Genève-Paris, Droz, « Langue et cultures », 1978.

Georg Gross, « César Chesneau Dumarsais : ein Beitrag zur Geschichte der französischen Aufklärungsliteratur », Wissenschaftliche Zeitschrift der Universität Rostock, 5, 1955-1956, p. 125-179.

Pierre Julliard, Philosophies of Language in Eigtheenth Century France, Paris-The Hague, Mouton, 1970.

Frank A. Kafker et Serena L. Kafker, The Encyclopedists as Individuals: a Biographical Dictionary of the Authors of the Encyclopédie, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 257, Oxford, Voltaire Foundation, 1988. [Somme majeure, dont nous reprenons et traduisons l'essentiel des informations. Sur Du Marsais, p. 119-123.]

Frank A. Kafker, « Notices sur les auteurs des dix-sept volumes de “discours” de l'Encyclopédie », RDE, 7, 1989, p. 125-150. [Sur Du Marsais, p. 138.]

Werner Krauss, « L'énigme de Du Marsais », Revue d'Histoire Littéraire de la France, 62, 1962, p. 514-522.

Ulrich Ricken, Grammaire et philosophie au siècle des Lumières – controverses sur l'ordre naturel et la clarté du français, Lille, Presses Universitaires de Lille, 1978.

Gunvor Sahlin, César Chesneau Du Marsais et son rôle dans l'évolution de la grammaire générale, Paris, Presses Universitaires de France, 1928.

Richard N. Schwab et Walter E. Rex, Inventory of Diderot's Encyclopédie, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 80, 83, 85, 91-93, 223, Genève, Banbury, Oxford, 1971-1984.

Jean-Pierre Seguin, L'Invention de la phrase au xviiie siècle – contribution à l'histoire du sentiment linguistique français, Louvain-Paris, Éditions Peeters, BIG « Bibliothèque de l'Information Grammaticale », 1993.

John S. Spink, « Philosophical speculation and literary technique: the systematic content of Du Marsais's Des Tropes », Voltaire and his World. Studies presented to W. H. Barber, Robin J. Howells et al. (éd.), Oxford, Voltaire Foundation, Taylor institution, 1985, p. 241-260.

Pierre Swiggers, « La grammaire dans l'Encyclopédie : signe et sens », Romanische Forschungen, 93, 1981, p. 122-137.

Pierre Swiggers, « La grammaire dans l'Encyclopédie : état actuel des études », Beiträge sur romanischen Philologie, 20, 1981, p. 175-193.

Pierre Swiggers, « Théorie de la grammaire et théorie des signes chez les encyclopédistes », Semiotica, 40, 1982, p. 89-105.

Pierre Swiggers, « La théorie syntaxique dans l'Encyclopédie », Lingua e Stile, 18, 1983, p. 161-176.

Pierre Swiggers, Les conceptions linguistiques des encyclopédistes. Étude sur la constitution d'une théorie de la grammaire au siècle des Lumières, Heidelberg, Leuven, J. Groos & Leuven University Press, 1984.

François Tamisier, Du Marsais : sa vie et ses écrits, Marseille, V. Boy, 1862.

Betty K. Taska, « Grammar and Linguistics in the Encyclopédie », The French Review, 46, 1973, p. 1159-1171.

Pour citer cet article :

Élise Pavy-Guilbert, « César Chesneau Du Marsais ou Dumarsais (1676-1736) », Les collaborateurs de l'Encyclopédie, projet d'Edition Numérique Collaborative et CRitique de l'Encyclopédie, http://enccre.academie.sciences.fr (24-05-2017)

À propos de l'auteur de cet article :

Élise Pavy-Guilbert est maître de conférences à l'université Bordeaux-Montaigne, membre de l'équipe Cultures Littératures Arts Représentations Esthétiques (CLARE EA 4593).

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