Edition Numérique Collaborative
et CRitique de l'
Encyclopédie
Retour en haut
Éditeurs et collaborateurs de l'Encyclopédie / Louis Jean Marie Daubenton (1716-1800)

Louis Jean Marie Daubenton
(1716-1800)

Louis Jean Marie Daubenton naquit à Montbard en 1716, fils d'un notaire dans une famille dont la noblesse remontait au quatorzième siècle. Après avoir fait ses premières études à Dijon, il se rendit à Paris pour étudier la théologie à la Sorbonne. Cependant, apparemment à l'insu de son père, il profita de sa présence dans la capitale pour assister à des cours d'anatomie et de botanique au Jardin du roi. Son père décédé en 1736, il put suivre sa passion, et il obtint son diplôme en médecine à Reims en 1741, ce qui lui permit de se rétablir à Montbard en tant que médecin. Entre-temps, sa connaissance montbardoise Georges-Louis Leclerc de Buffon s'était fait nommer intendant du Jardin du roi. En 1741 ou 1742, celui-ci fit venir Daubenton au Jardin comme son adjoint. Grâce à un mémoire sur les coquillages et le soutien de Buffon, Daubenton fut admis à l'Académie royale des sciences en 1744. Au Jardin, dès 1745, il acquiert le titre de garde et démonstrateur du Cabinet du roi.

Depuis le début des années 1740, Buffon projetait un ouvrage d'histoire naturelle, dont la première série se publierait sous le titre d'Histoire naturelle générale et particulière, avec la description du Cabinet du roi (1749-1767). Aucun nom d'auteur ne figurait sur la page de titre, mais à la fin de la dédicace se trouvait la signature de Daubenton après celle de Buffon. C'était Daubenton, justement, qui se chargeait de la description du Cabinet du roi, de même que d'un petit nombre d'essais généraux et surtout des chapitres sur l'anatomie animale. Dans ces derniers, il cherchait à rapporter les mêmes observations et les mêmes mesures pour chaque animal disséqué, afin de faciliter les comparaisons. Personne d'avant lui n'avait appliqué cette méthodologie à tant d'espèces, et on le considère à juste titre comme l'un des fondateurs de l'anatomie comparée.

La première série terminée, Buffon se décida à se passer d'anatomie et ainsi du secours de Daubenton pour le reste de l'Histoire naturelle, en partie parce que les textes anatomiques n'attiraient pas le grand public. Les rapports entre Daubenton et Buffon s'en refroidirent peut-être, mais Daubenton continuait à travailler pour Buffon au Jardin du roi et à poursuivre ses recherches en histoire naturelle. Entre autres projets, à la demande du ministre Daniel Charles Trudaine en 1766, il consacra bien du temps à l'amélioration de la laine française. Finalement, en croisant des races de moutons afin de sélectionner des traits tels que la longueur du poil, en suivant les descendances et les réactions à la nourriture et au climat, et en mesurant la finesse de la laine par une nouvelle technique microscopique, Daubenton parvint à produire une laine d'aussi bonne qualité que la meilleure laine de l'Espagne.

La participation de Daubenton à l'Encyclopédie paraît dater du 31 mai 1748. À cette période-là il était l'une des premières recrues. D'après le témoignage bien postérieur de Condorcet, il aurait été recruté par Jean-Paul De Gua de Malves, mais celui-ci avait démissionné comme directeur en août 1747.

Daubenton gagnait plus d'argent de sa participation à l'Encyclopédie que la plupart de ses collègues. Après les 2000 livres stipulés dans le contrat du 31 mai 1748, qu'il reçut en quatre paiements de 1748 à 1750, il finit par recevoir 2000 livres de plus, à nouveau en quatre paiements, cette fois de 1754 à 1757. Comme le livre de comptes des libraires associés est incomplet, il est possible que ses gages dépassassent ces 4000 livres. Quoi qu'il en soit, cette somme déjà généreuse reflétait non seulement le statut professionnel de Daubenton mais aussi les espoirs nourris par les directeurs Diderot et D'Alembert pour sa contribution.

Selon une hypothèse de l'historien Jacques Roger, ce serait Buffon qui aurait poussé Daubenton à écrire pour l'Encyclopédie, désirant participer indirectement, sans perdre de temps. Certes Buffon regardait l'entreprise d'un œil favorable vers 1750. En 1752, dans la préface au tome II de l'Encyclopédie, Diderot put même annoncer que Buffon avait promis d'écrire l'article NATURE. Malheureusement, cette contribution ne se réalisa pas. Or, au moment où son article devait paraître dans l'Encyclopédie, Buffon fit publier dans l'Histoire naturelle un essai intitulé « De la nature ». S'agirait-il de l'article promis à Diderot, publié ailleurs à cause des craintes de Buffon après la suspension du privilège de l'Encyclopédie en 1759 ? De toute façon, Daubenton semble s'être retiré de l'Encyclopédie vers la même période, et justement lorsque les rapports entre Buffon et Diderot s'affaiblissaient. En effet, après s'être attribué quelque huit cents articles dans les huit premiers tomes, il n'en signa que soixante et onze dans les neuf derniers tomes. Il se peut, bien entendu, que sa contribution se soit poursuivie sous l'anonymat.

Quelques-uns des articles de Daubenton pour l'Encyclopédie critiquaient les « nomenclateurs », ceux qui, comme Carl Linné, insistaient trop sur le rôle de la nomenclature et de la classification dans l'histoire naturelle. C'était un thème déjà cher à Buffon. Dans BOTANIQUE, avant tout, article refait à neuf dans l'Encyclopédie d'Yverdon (1770-1780), Daubenton soutenait qu'une obsession pour les noms des plantes constituait un obstacle à l'avancement de la botanique. Ailleurs dans l'Encyclopédie, Daubenton secondait d'autres idées de son supérieur Buffon, y compris ses idées sur la génération et la reproduction. Cependant la grande majorité de ses articles traitaient des productions spécifiques des trois règnes de la nature, et puisque Paul-Thiry d'Holbach le relayait progressivement pour les minéraux à partir du tome II, sa contribution se composait surtout d'articles sur des genres de plantes ou d'animaux.

Pour ses articles sur des animaux, Daubenton se servait d'une variété de sources, certaines très anciennes (Aristote ou Pline), d'autres toutes récentes. Ses articles les plus longs pour l'Encyclopédie furent ABEILLE et CHENILLE, les deux s'inspirant des Mémoires pour servir à l'histoire des insectes (1734-1742) de René-Antoine Ferchault de Réaumur, comme d'ailleurs ses autres articles sur les insectes. Paradoxalement, Daubenton ne tira pas souvent parti des textes sur les animaux de l'Histoire naturelle, publiés trop tard pour les articles correspondants de l'Encyclopédie.

Les articles de Daubenton sur les genres des plantes étaient très courts. Il s'agissait en effet d'identifications formelles du genre, la majorité traduite des Institutiones rei herbariae (1700) de Joseph Pitton de Tournefort, auxquelles les collaborateurs de Daubenton ajoutaient souvent des renseignements sur la culture ou l'utilité de la plante. Ennemi des « nomenclateurs », il ne tenait aucun compte du classement rival de Linné, choix discutable dans la seconde moitié du dix-huitième siècle. Évidemment, son approche de la botanique ne manquait pas de soulever des murmures, car Diderot la défendit dans son article ENCYCLOPÉDIE contre « ceux qui se sont plaints que notre botanique n'était ni assez complète ni assez intéressante » (Enc., V, p. 646). Malgré sa défense, Diderot faisait de plus en plus compléter les articles de Daubenton, surtout par le linnéen Louis de Jaucourt mais aussi par Pierre Daubenton, frère de Louis.

On avait attendu mieux de la part de Daubenton. Dans le Discours préliminaire, D'Alembert l'avait mentionné à la tête d'une liste de collaborateurs éminents, promettant qu'il enrichirait « l'Encyclopédie par des remarques & des nouvelles vûes et importantes » (Enc., I, p. xli). Pour allécher le public avant la parution du premier tome, les directeurs firent publier trois articles de l'Encyclopédie dans le Mercure : ART de Diderot ainsi que deux articles de Daubenton, ABEILLE et AGATHE. Cette mise en valeur des articles de Daubenton en dit long sur sa réputation et les attentes des directeurs pour sa contribution.

Sans doute au regret des directeurs, les espoirs que donnait Daubenton ne se réalisèrent pas dans l'Encyclopédie mais dans l'Histoire naturelle. Des quelque neuf cents articles de l'Encyclopédie signés par Daubenton, la plupart sont courts, secs et banals. Comme on vient de le voir, sa contribution à la partie botanique fut particulièrement décevante. Après le début des années 1750, Diderot n'idolâtrait plus Daubenton mais plutôt d'autres auteurs de l'Encyclopédie. Son évaluation de l'histoire naturelle de l'Encyclopédie était négative, semble-t-il, surtout en minéralogie, botanique et entomologie. De même, Jean-Baptiste Lamarck, planifiant la botanique pour l'Encyclopédie méthodique (1782-1832), signala la « grande imperfection » du sujet dans l'Encyclopédie, tout en déchargeant Daubenton de toute responsabilité.

En 1754, Daubenton avait épousé sa cousine germaine Marguerite, auteur futur du roman Zélie dans le désert (1787). Quoique sans enfants, le couple s'occupa d'une petite-nièce et de la fille d'un cousin. Pendant la Révolution, Buffon étant mort depuis 1788, Daubenton devint le directeur du Jardin du roi, d'abord sur le plan symbolique et ensuite pour de bon. En tant que tel, il joua un rôle important dans la survie de l'institution et dans sa transformation, dès 1793, en Muséum national d'histoire naturelle. En 1795, il fut nommé à la section d'anatomie et de zoologie de l'Institut national. Il fut frappé d'apoplexie la première fois qu'il assista aux séances du corps qui venait de l'élire et mourut le 31 décembre 1799.

Jeff Loveland

Dernière mise à jour : le 30 décembre 2014

Les collaborateurs de l'Encyclopédie

Indications bibliographiques :

James Llana, « Natural History in the Encyclopédie », Journal of the History of Biology, t. XXXIII, 2000, p. 1-25.

Jeff Loveland, « Louis-Jean-Marie Daubenton and the Encyclopédie », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 12, Oxford, Voltaire Foundation, 2003, p. 173-219.

Jacques Roger, « L'Histoire naturelle et les sciences de la vie », dans Essais et notes sur l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, Andrea Calzolari et Sylvie Delassus (éd.), Milan, Franco Maria Ricci, 1979, p. 243-267.

Stéphane Schmitt, « Bibliographie : Œuvres de Daubenton », dans Œuvres complètes, t. III, éd. Stéphane Schmitt et Cédric Crèmière, Paris, Champion, 2009, p. 713-763.

Pour citer cet article :

Jeff Loveland, « Louis Jean Marie Daubenton (1716-1800) », Les collaborateurs de l'Encyclopédie, projet d'Edition Numérique Collaborative et CRitique de l'Encyclopédie, http://enccre.academie.sciences.fr (26-06-2017).

À propos de l'auteur de cet article :

Jeff Loveland

ENCCRE | Intranet
© 2014-2017 | Crédits