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et CRitique de l'
Encyclopédie
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Éditeurs et collaborateurs de l'Encyclopédie / Jean Le Rond, dit D'ALEMBERT (1717-1783)

Jean Le Rond, dit D'ALEMBERT
(1717-1783)

Si D'Alembert n'a été éditeur de l'Encyclopédie qu'entre 1747 et 1758, laissant Diderot (et Jaucourt) terminer les dix derniers volumes de textes et les onze volumes de planches (voir la bataille de la publication), l'entreprise a cependant joué un rôle central dans sa vie et son œuvre, et sa présence a été essentielle aux premiers succès de l'ouvrage.

En effet, lorsque les libraires (Le Breton, David, Durand et Briasson) rompent leur engagement avec De Gua, le 3 août 1747, D'Alembert et Diderot ne leur sont pas inconnus : si le second n'est encore admiré que dans un cercle restreint, le premier a déjà son « nom » publié dans l'Almanach royal depuis 1742 (nommé adjoint de l'Académie royale des sciences le 13 mai 1741, il « grimpe » associé le 1er mars 1746) et peut se prévaloir de la publication chez David de deux importants ouvrages physico-mathématiques, le Traité de dynamique (1743) et le Traité de l'équilibre et du mouvement des fluides (1744).

Son « nom », D'Alembert, n'est d'ailleurs qu'un nom d'emprunt, que le savant ne porte vraisemblablement que depuis 1739. Enfant trouvé sur les marches de l'église Saint-Jean-Le-Rond, « nouvellement né » le 16 novembre 1717, c'est le nom de cette église, « Le Rond », qu'il porte officiellement, comme en témoignent les extraits baptistaires qu'il doit produire en diverses occasions de sa vie. En particulier lorsque, élève en dernière année au Collège Mazarin (ou des Quatre-Nations, aujourd'hui palais de l'Institut, sur le quai Conti à Paris), il doit fournir cet extrait pour obtenir sa maîtrise ès arts en 1735. Il déclare à cette occasion qu'il a toujours cru s'appeler « Jean Baptiste Louis d'Aremberg » et le docteur Molin, médecin qui a accouché sa mère, Mme de Tencin, doit venir confirmer devant notaire qu'il s'agit bien du même enfant, confié à une nourrice, Mme Rousseau, à laquelle D'Alembert restera très attaché toute sa vie et chez qui il demeure, rue Michel-le-Comte (à l'actuel no 22, comme l'a démontré F. Launay), de 1735 jusqu'à 1765.

Une identité complexe donc, que reflète la variation des noms et des graphies, y compris sur la majuscule de son nom : « D'Alembert », suivant sa signature et ses manuscrits (et la page de titre de l'Encyclopédie), ou « d'Alembert », comme aiment à l'imprimer les éditeurs (y compris parfois ceux de l'Encyclopédie), voire Dalembert. Aucune preuve d'ascendance ne peut venir nous éclairer ici, D'Alembert étant loin d'être un noble, bâtard, de surcroît non reconnu, ni par son père, ni par sa mère.

Bien que « nec pater, nec res » (voir l'Affaire Tolomas), c'est-à-dire sans « sans père ni fortune », D'Alembert est dès 1741 bien introduit dans le milieu académique et plus encore à partir de 1746 où d'un même mouvement, fortement soutenu par Maupertuis, il obtient le prix et le statut d'associé de l'Académie des sciences et belles-lettres de Berlin. Il est alors également à son aise, voire choyé dans les salons de Mme Geoffrin et Mme Du Deffand, et fréquente de nombreuses « sociétés » moins connues aujourd'hui, celle de sa famille tutoriale, les Destouches, celles de Mme de Crequÿ et de Mlle Lemery  (voir l'introduction du vol. 2, Correspondance générale 1741-1752, de la série V de l'édition des Œuvres complètes de D'Alembert).

Ce n'est ni à l'Académie ni dans les salons qu'il a rencontré Diderot : leur amitié s'est nouée autour des rencontres du Palais-Royal avec Condillac et Jean-Jacques Rousseau (il en est question dans ses Confessions) et probablement en d'autres occasions suscitées par des connaissances communes du temps des facultés parisiennes que chacun a fréquentées, plus ou moins épisodiquement.

Avant même que d'accepter la codirection de la future Encyclopédie avec Diderot et de passer contrat avec les libraires le 16 octobre 1747, l'un et l'autre sont déjà engagés dans la traduction de la Cyclopædia de Chambers, moyennant une rétribution « à la colonne ». Devenus éditeurs, « quant à la partie mathématique » pour D'Alembert, le travail prend une toute autre ampleur, que décrivent le Prospectus, le « Discours préliminaire » du tome I, les articles ENCYCLOPÉDIE (Diderot) et DICTIONNAIRE (D'Alembert).

D'Alembert offrait donc toutes les garanties (comme aurait dû le faire De Gua) de respectabilité et d'entregent académiques. Diderot s'était par ailleurs engagé à mettre à jour les références aux Mémoires de l'Académie royale des sciences, déjà largement utilisées par Chambers (voir I. Passeron, « Un traité entre Diderot et Le Breton »).

L'incarcération de Diderot à la Bastille, de juillet à novembre 1749, conduit les libraires et ses amis, dont D'Alembert, à œuvrer pour son élargissement, puis ce dernier rédige le « Discours préliminaire », « quintessence des connaissances mathématiques, philosophes & littéraires que l'auteur avait acquises pendant 20 années d'étude » (« Mémoire de D'Alembert sur lui-même »).

Chargé de la partie mathématique (au sens large, « mathématique et physique générale », dit-il, ce qui comprend de nombreux articles de musique), D'Alembert a tenu à y intégrer nombre de « choses nouvelles », notamment celles tirées de ses travaux les plus récents.

On trouve dans certains de ses articles (DIFFÉRENTIEL / Calcul différentiel, DYNAMIQUE, Figure de la Terre, GÉOMÉTRIE, MECHANIQUE, STATIQUE, entre autres articles scientifiques, DICTIONNAIRE, ELÉMENS DES SCIENCES, ERUDITION, entre autres articles non scientifiques), des informations et des synthèses que l'on chercherait en vain dans le reste de son œuvre, même si celle-ci, pendant la période 1751-1758 (et même un peu plus largement, puisque D'Alembert, s'il n'est plus éditeur, reste collaborateur), entretient un rapport fécond avec ses articles (voir La contribution de D'Alembert).

En 1752, lors de la première interdiction (voir La bataille de la publication), D'Alembert joue un rôle actif aux côtés de Diderot, contribuant à favoriser la fuite de l'abbé de Prades vers Berlin, Frédéric II et Voltaire. Face aux jésuites et aux jansénistes qui clament haut et fort que le nouvel ouvrage est impie et sape le pouvoir royal, les encyclopédistes bénéficient de la protection avisée de Malesherbes.

Cinq ans plus tard, le paysage politique s'est durci et l'article GENEVE (tome VII, 1757) de D'Alembert, puis la parution de L'Esprit d'Helvétius (1758) fournissent de bons prétextes aux dévots : cette fois l'Encyclopédie est condamnée (par le Parlement, l'Église et le Conseil d'État), la parution arrêtée, le privilège révoqué.

D'Alembert n'a pas alors, comme Diderot, une famille à faire vivre, et la tâche encyclopédique doit commencer à lui peser. Il a publié, dès 1753, le « Discours préliminaire » dans ses Mélanges dont l'édition augmentée en 1759 lui permettra d'actualiser ses réflexions sur les savoirs et leur organisation.

Entré à l'Académie française fin 1754, au faîte de sa carrière scientifique, il peut se permettre de se fâcher avec les libraires, et même avec son ami Diderot, comme il peut se permettre de refuser les offres d'emploi de Frédéric II et Catherine II.

Il « rend » aux libraires sa contribution pour les derniers volumes et prétend ne plus y intervenir. Il n'est cependant pas certain qu'il n'ait quand même pas glissé quelques derniers articles entre 1760 et 1765.

Une fois l'orage passé, D'Alembert et Diderot se rapprocheront à nouveau, sans retrouver cependant la complicité des premières années.

Enfin, D'Alembert apportera une contribution, mal définie, aux deux tomes de textes du Supplément publié par Panckoucke en 1776-1777.

La contribution de D'Alembert
1700 articles mathématiques, plus ou moins

Sans même parler de la définition d'un encyclopédiste (voir Qu'est-ce qu'un « encyclopédiste » ?), la question des attributions dans l'Encyclopédie est, on le sait, une question épineuse. Le cas de Diderot, le plus difficile sans doute, doit être traité en détail : voir la contribution de Diderot. Celui de D'Alembert est plus simple, puisque sa marque, le (O) annoncé dès le premier tome, semble courir tout au long des dix-sept volumes de texte, sur les articles de mathématique et de physique, comme l'annoncent toutes les pages de titre :

Mis en ordre et publié par M. Diderot, de l'Académie royale des Sciences et des Belles Lettres de Prusse et pour la partie Mathématiques par M. d'Alembert de l'Académie royale des Sciences de Paris, de celle de Prusse et de la Société royale de Londres.

Ou plus exactement, on comprend que D'Alembert-éditeur a supervisé toute cette partie, et qu'un certain nombre d'articles, plus personnels, portent même sa marque. De fait, la contribution de D'Alembert à l'Encyclopédie, de 1746 à 1759-1760, présente plusieurs facettes, qui se répondent mais que nous allons distinguer pour plus de clarté : D'Alembert traducteur, D'Alembert éditeur (voir Le travail éditorial sur les articles), D'Alembert auteur d'articles, du « Discours préliminaire », d'Avertissements et enfin d'explications de planches.

D'Alembert traducteur

Si l'activité de traducteur de Diderot, de Toussaint, de De Gua est bien connue par leur production antérieure à l'Encyclopédie, celle de D'Alembert n'a pas de manifestation tangible autre que ce que ses lettres nous apprennent. En effet, la mention de sa rétribution dès le début du « Livre de dépense » des libraires, tenu à partir de décembre 1745 seulement (« [le] 17 Payé à M. Dalembert sur son reçu . . . 105 », AN, U//1051, et G. May, « Documents nouveaux sur l'Encyclopédie », p. 31), ne précise pas à quelle tâche le savant est employé. Le détail donné par la correspondance est donc essentiel puisque l'académicien nous apprend qu'en avril 1746 il se livre à une activité tranquille, censée ne pas lui attirer d'« ennemis » (lettre 46.03) : la traduction « à la colonne » de parties de la Cyclopædia de Chambers, au moins depuis décembre 1745. De ce qu'il écrit dans la lettre 46.04, nous pouvons reconstituer qu'il est rétribué 12 livres tournois pour cinq colonnes et qu'il traduit une colonne par jour (voir I. Passeron, « Quelle(s) édition(s) de la Cyclopædia les encyclopédistes ont-ils utilisée(s) ? », p. 288). Comment ce travail est-il organisé, qui répartit les articles et comment, quelle(s) édition(s) de la Cyclopædia sont utilisées, nous l'ignorons et ne pouvons en avoir une idée qu'en comparant l'état final des articles de D'Alembert à ces éditions. Sans doute cette traduction s'est-elle faite en plusieurs étapes, puisque le projet des libraires se modifie sous la houlette de De Gua pendant un an, de juin 1746 à juillet 1747 (voir O.C., vol. V/2, Introduction, § X.1).

D'Alembert éditeur et auteur
d'articles « mathématiques »

Par la lettre de De Gua à Formey du 29 avril 1747, on sait que dès cette période (avant la signature du contrat du 16 octobre 1747), c'est « M. d'Alembert qui s'est chargé de la mécanique, des physico-mathématiques et de la physique particulière [...] » (citée par E. Badinter, Les Passions intellectuelles, t. I, p. 325-326). Ce qui se trouvait résumé sur les pages de titre de l'Encyclopédie : « … quant à la partie mathématique, par M. D'Alembert ».

Dans la même lettre d'avril 1747, De Gua disait s'être réservé la logique, la métaphysique, la morale, la physique générale et les mathématiques pures. En quoi consistait exactement cette charge, et comment s'est-elle modifiée lorsque De Gua abandonne la direction de l'édition à D'Alembert et Diderot, quelques mois plus tard, nous l'ignorons. Mais il est certain qu'un grand nombre des prescriptions de la « Circulaire » se retrouvent dans les articles de l'Encyclopédie, en particulier ceux de D'Alembert signés de sa marque (O) (voir Le travail éditorial sur les articles). Que ce soit en tant qu'éditeur ou en tant qu'auteur, D'Alembert est donc, après le désengagement de De Gua, seul maître de la partie mathématique et physique, comme il le résume dans le Discours préliminaire (Enc., I, p. xliij), puis, vingt ans plus tard, dans son « Mémoire sur lui-même » (p. 11, éd. citée, p. 23) :

Il a revu toute la partie de mathématique et de Physique generale de l'Encyclopedie, et il a meme refait en entier ou presque en entier plusieurs articles considerables relatifs à ces sciences, & qui contiennent, même sur des objets elementaires, des choses nouvelles, qu'on chercheroit inutilement ailleurs […].

Cette partie couvre les mathématiques pures, à savoir l'arithmétique et la géométrie, et les mathématiques dites « mixtes », la mécanique l'astronomie, l'optique, l'acoustique, l'analyse des jeux de hasard (voir Le Systême figuré des connoissances humaines et son explication). La musique fait traditionnellement partie des mathématiques mixtes (même si elle n'apparaît pas comme telle dans le Systême figuré, dont on connait l'arbitraire), et D'Alembert, auteur des Elemens de musique (1752), est le commissaire usuel qui examine les nombreux mémoires de musique théorique parvenant à l'Académie royale des sciences. Seuls certains articles de mathématiques élémentaires sont signés de l'abbé Vieillot de La Chapelle. Ce que couvre la partie que D'Alembert nomme « physique générale » est plus flou, et pour cause, le statut et les limites de la physique étant alors en pleine recomposition. Pierre Crépel (« La “physique” dans l'Encyclopédie ») appelle à étudier plus en profondeur la façon dont D'Alembert a sans cesse ajouté son « grain de sel » aux meilleures sources de l'époque, Musschenbroeck, ou celles compilées par Chambers dans la Cyclopædia, voire, sans que l'on puisse savoir à quel degré, les papiers vendus par Formey aux libraires, parfois mentionnés en référence des articles signés du (O) de D'Alembert.

Enfin, D'Alembert, on le sait, ne s'est pas interdit d'intervenir dans d'autres domaines, comme celui des synonymes.

À Diderot, le reste et même l'essentiel du travail éditorial (partagé après 1758 avec Jaucourt), puisqu'il consiste à enrichir et à modifier substantiellement la nomenclature de Chambers (voir M. Leca-Tsiomis, Écrire l'Encyclopédie), à contrôler les attributions, comme le montre la lettre à Le Breton de février 1751 (DPV, t. XXVIII, lettre 1751-3, Roth, t. I, p. 110-111), à revoir toutes les autres matières, et surtout, les arts.

Pendant les six ans de préparation et la sortie des premiers tomes de l'Encyclopédie (1747-1752), seule la lettre de Rousseau (51.09) atteste d'un échange direct entre D'Alembert et les collaborateurs qui rédigeaient sous sa responsabilité. On ne trouve même que fort peu de traces indirectes de cette activité, la plus frappante étant la lettre de colère écrite à Le Breton à propos de l'article BOUSSOLE (51.20). Les instructions et le travail considérable d'ajustement qu'elles supposent n'affleurent jamais dans les lettres de D'Alembert à son ami Cramer, pourtant au fait de ses chagrins et tracasseries, et à peine, une seule fois, dans une lettre à Mme de Crequÿ avec laquelle il aime pourtant à plaisanter sur ses journées bien remplies :

Je m'amuse à vous ecrire, à condition que c'est pour vous seule, j'ay pourtant assez d'ouvrage ; quatre epreuves à corriger, un avertissement a achever, l'Errata du second volume à composer, les Jesuites à batonner, les jansenistes à fustiger [...] (51.24).

C'est donc essentiellement les contributions mêmes de D'Alembert qui nous apprennent comment il a travaillé, à partir d'une traduction de la Cyclopædia qu'il a nécessairement remaniée, si ce n'est faite (d'après les dates et les montants des rétributions perçues). De nombreuses parties de ses ouvrages scientifiques (Traité de dynamique, 1743 ; Traité des fluides, 1744 ; Précession des équinoxes, 1747 ; Recherches sur le système du monde, 1754-1756, etc.) sont sollicitées, sans que l'ordre de rédaction soit toujours facile à restituer. Et sur un certain nombre de points importants, comme il le déclare lui-même, D'Alembert a fait la synthèse, à la fois des connaissances de l'époque, et de ses propres réflexions épistémologiques.

Pour établir la liste des articles qui peuvent lui être attribués, il faut partir de la liste de tous les articles ou parties d'articles qui portent, en fin d'article ou de partie, sa marque d'attribution, le (O). Il faut y ajouter, d'après le Discours préliminaire (Enc., I, p. xlvi), les articles précédant cette marque et « appartenant à la même matiere », ce qui ne va pas sans une certaine subjectivité. Il faut enfin y ajouter tous les articles de mathématiques ou de physique générale, ou les synonymes, non attribués et dont il peut être l'éditeur ou l'auteur (comme CONTINGENCE, cité par J. Lough, Essays on the Encyclopédie, p. 232), sans compter les erreurs d'attribution, parfois rectifiables avec certitude, comme l'article ALLÉES DE JARDIN (voir F. Ferlin, « D'Alembert et l'optique »). Certains articles ne sont que des renvois. Suivant ces différentes façons de compter, on arrive ainsi à une quantité qui avoisine les 1700 articles, s'étendant sur toutes les lettres de l'alphabet, bien que la contribution aux dix derniers volumes soit plus mince, reflet de sa défection après 1758. On peut consulter la liste établie par J. Lough (Essays on the Encyclopédie, p. 233-249), ou celle de Schwab, Rex et Lough de leur Inventory. Une liste peu différente se trouve dans l'ouvrage de M. Groult (D'Alembert et la mécanique de la vérité, p. 400-445). L'édition ENCCRE en fournira une approche plus documentée.

Nous avons déjà cité quelques-uns de ses articles les plus connus ou dont il a tiré le plus de fierté, bien qu'ils aient contribué, comme GENEVE, tout à la fois aux difficultés et aux succès de l'entreprise. Hormis ce dernier, fort peu d'articles de D'Alembert ont été publiés par les éditeurs successifs de D'Alembert.

D'Alembert auteur du Discours préliminaire,
d'avertissements, d'éloges, d'Errata

Mais D'Alembert reste pour la postérité l'auteur du Discours préliminaire, maintes fois reproduit ensuite hors de son contexte. Ce texte a sans doute directement contribué à son entrée à l'Académie française, fin 1754, comme son intérêt pour les éloges contribue, en 1772, à lui ouvrir les portes convoitées du secrétariat de cette compagnie.

Il est également l'auteur du très politique « Avertissement des éditeurs » du tome III, et des éloges de Montesquieu, Lenglet-Dufresnoy, Mallet et Dumarsais (en tête des tomes V, VI et VII), et il a probablement participé à un certain nombre d'Errata, comme le montre la lettre 51.24 citée plus haut et la publicité qu'il aime à faire de la correction ridicule imposée par la censure à l'article Amour des Sciences et des Lettres (Avertissement du tome III, réécrit dans ses Mélanges, voir R. N. Schwab, Inventory, t. I, p. 193). On le voit, comme pour ses articles qu'il juge lui-même les plus importants, ses interventions les plus marquantes se situent dans les sept premiers volumes, avant l'interdiction de 1759.

D'Alembert auteur d'explications de planches

D'Alembert est l'auteur d'une partie des explications des planches sur les « sciences mathématiques » d'après le « Nota » de Diderot qui les termine (Recueil de Planches, t. V, p. 6). Dans le cas des planches relatives à l'air, M. Pinault-Sørensen (« L'air dans les planches de l'Encyclopédie ») a précisé les relations qu'entretiennent les articles, les explications et l'état détaillé des planches, rédigés à des moments forts différents de l'histoire de l'Encyclopédie. Elle a également précisé ce que l'on peut reconstituer, à partir de la connaissance des sources et des acteurs, de la façon dont le « dessinateur intelligent », Goussier, a travaillé pour constituer ces figures, dont pratiquement aucune n'est à proprement parler, originale.

Irène Passeron

Notice mise en ligne le 20 juin 2015

Les collaborateurs de l'Encyclopédie

« le regard vif, un sourire très fin, [...] et je ne sais quoi d’impérieux... » dit Grimm. « A ce front riant dirait-on / Que c’est là Tacite ou Newton » écrivait Marmontel en 1753 à propos de ce portrait (Pastel de Maurice Quentin De La Tour, esquisse, Musée Antoine Lécuyer, Saint-Quentin)

Indications bibliographiques :

Jean Le Rond D'Alembert, Correspondance générale 1741-1752, éd. Irène Passeron, Œuvres complètes, vol. V/2, à paraître en 2015.

Jean Le Rond D'Alembert, « Le mémoire de D'Alembert sur lui-même », éd. Irène Passeron, RDE, 38, avril 2005, p. 17-31 [consulter].

Denis Diderot, Correspondance, éd. Georges Roth, Paris, Les Éditions de Minuit, 1955-1970, 16 vol.

Élisabeth Badinter, Les Passions intellectuelles, Paris, Fayard, 1999-2007, 3 vol.

Pierre Crépel, « La “physique” dans l'Encyclopédie », RDE, 40-41, octobre 2006, p. 251-283 [consulter].

Fabrice Ferlin, « D'Alembert et l'optique : l'Encyclopédie comme banc d'essai de recherches originales », RDE, 43, 2008, p. 127-144 [consulter].

Martine Groult, D'Alembert et la mécanique de la vérité, Paris, H. Champion, 1999. [Sur la contribution de D'Alembert, voir p. 400-445.]

Françoise Launay, « D'Alembert et la femme du vitrier Rousseau, Etiennette Gabrielle Ponthieux (ca. 1683-1775) », RDE, 45, 2010, p. 100-106 [consulter].

Françoise Launay, « Les identités de D'Alembert », RDE, 47, 2012, p. 243-289 [consulter].

Marie Leca-Tsiomis, Écrire l'Encyclopédie. Diderot, de l'usage des dictionnaires à la grammaire philosophique, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 375, Oxford, Voltaire Foundation, 1999, rééd. 2008.

John Lough, Essays on the Encyclopédie of Diderot and D'Alembert, London/New York/Toronto, 1968. [Sur la contribution de D'Alembert, voir p. 230-251.]

Louis-Philippe May, « Documents nouveaux sur l'Encyclopédie », Revue de synthèse, en plusieurs livraisons : t. XV-1, février 1938, p. 5-30 ; t. XVI-1, avril 1938, p. 31-46 ; t. XV-2, juin 1938, p. 47-70 ; t. XVI-2, octobre 1938, p. 71-86 ; t. XV-3, décembre 1938, p. 87-110, d'après le manuscrit U//1051 des Archives nationales.

Irène Passeron, « Quelle(s) édition(s) de la Cyclopædia les encyclopédistes ont-ils utilisée(s) ? », RDE, 40-41, 2006, p. 285-290 [consulter].

Irène Passeron, « Un traité entre Diderot et Le Breton », RDE, 39, 2005, p. 179-182 [consulter].

Madeleine Pinault-Sørensen, « L'air dans les planches de l'Encyclopédie », RDE, 44, 2009, p. 183-204 [consulter].

Richard N. Schwab, Walter E. Rex, John Lough, Inventory of Diderot's Encyclopédie, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century 80, 83, 85, 91, 92, 93, 223, Genève/Oxford, Voltaire Foundation, 1971-1972, 1984, 7 vol : t. I (SVEC, 80, 1971) ; t. II (SVEC, 83, 1971) ; t. III (SVEC, 85, 1972) ; t. IV (SVEC, 91, 1972) ; t. V (SVEC, 92, 1972) ; t. VI (SVEC, 93, 1972) ; t. VII (SVEC, 223, 1984).

Pour citer cet article :

Irène Passeron, « Jean Le Rond, dit D'ALEMBERT (1717-1783) », Les collaborateurs de l'Encyclopédie, projet d'Edition Numérique Collaborative et CRitique de l'Encyclopédie, http://enccre.academie.sciences.fr (26-06-2017).

À propos de l'auteur de cet article :

Irène Passeron est chargée de recherches au CNRS, membre de l'Institut de mathématiques de Jussieu - Paris Rive Gauche, et coordinatrice du Groupe d'édition des Œuvres complètes de D'Alembert.

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