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Denis Diderot (1713-1784) / L'article DÉLICIEUX de Diderot

L'article DÉLICIEUX de Diderot
(t. IV, 1754, p. 783b-784a)

Collation effectuée par M. Leca-Tsiomis
sur l'exemplaire 1 de la Bibliothèque Mazarine

* DÉLICIEUX, adj. (Gramm.) ce terme est propre à l’organe du goût. Nous disons d’un mets, d’un vin, qu’il est délicieux, lorsque le palais en est flatté le plus agréablement qu’il est possible. Le délicieux est le plaisir extrème de la sensation du goût. On a généralisé son acception ; & l’on a dit d’un séjour qu’il est délicieux, lorsque tous les objets qu’on y rencontre reveillent les idées les plus douces, ou excitent les sensations les plus agréables. Le suave extrème est [p. 784] le délicieux des odeurs. Le repos a aussi son délice ; mais qu’est-ce qu’un repos délicieux ? Celui-là seul en a connu le charme inexprimable, dont les organes étoient sensibles & délicats ; qui avoit reçu de la nature une ame tendre & un tempérament voluptueux ; qui joüissoit d’une santé parfaite ; qui se trouvoit à la fleur de son âge ; qui n’avoit l’esprit troublé d’aucun nuage, l’ame agitée d’aucune émotion trop vive ; qui sortoit d’une fatigue douce & legere, & qui éprouvoit dans toutes les partiès de son corps un plaisir si également répandu, qu’il ne se faisoit distinguer dans aucun. Il ne lui restoit dans ce moment d’enchantement & de foiblesse, ni mémoire du passé, ni desir de l’avenir, ni inquiétude sur le présent. Le tems avoit cessé de couler pour lui, parce qu’il existoit tout en lui-même ; le sentiment de son bonheur ne s’affoiblissoit qu’avec celui de son existence. Il passoit par un mouvement imperceptible de la veille au sommeil ; mais sur ce passage imperceptible, au milieu de la défaillance de toutes ses facultés, il veilloit encore assez, sinon pour penser à quelque chose de distinct, du moins pour sentir toute la douceur de son existence : mais il en jouissoit d’une jouissance tout-à-fait passive, sans y être attaché, sans y réflechir, sans s’en rejouir, sans s’en féliciter. Si l’on pouvoit fixer par la pensée cette situation de pur sentiment, où toutes les facultés du corps & de l’ame sont vivantes sans être agissantes, & attacher à ce quiétisme délicieux l’idée d’immutabilité, on se formeroit la notion du bonheur le plus grand & le plus pur que l’homme puisse imaginer.

Article mis en ligne le 19 octobre 2015

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>>> Autres extraits choisis de Diderot :

AGNUS SCYTHICUS (t. I, 1751, p. 179a-180b)

AMPHIPHON (t. I, 1751, p. 376b-377a)

ARCY (t. I, 1751, p. 622a-623b)

ART (t. I, 1751, p. 714a-717b)

AUTORITÉ, pouvoir, puissance, empire (t. I, 1751, p.  898a)

BASSESSE (t. II, 1752, p. 121b-122a)

BESANÇON (t. II, 1752, p. 212b-213a)

BISCOTINS (t. II, 1752, p. 260b)

CROIRE (t. IV, 1754, p. 502b)

DÉLICIEUX (t. IV, 1754, p. 783b-784a)

ENCYCLOPÉDIE (t. V, 1755)

FICHU (t. VI, 1756, p. 678b)

GAZE (Manufactur.) (t. VII, 1757, p. 532a-533a)

Avertissement (t. VIII, p. i-ij)

INDIGENT (t. VIII, 1758, p. 676a)

INTOLÉRANCE (t. VIII, 1765, p. 843a-844b)

JOUISSANCE (t. VIII, 1765, p. 889a-b)

MACHIAVELISME (t. IX, 1765, p. 793a-b)

NAITRE (t. XI, 1765, p. 10a-b)

NATIF (t. XI, 1765, p. 36a)

RÉFUGIÉS de Diderot (t. XIII, 1765, p. 917a)

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