De Gua, « Mémoire circulaire... », Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, Archives, Ms 144, f. 103r-115v

Entre juillet 1746
et mars 1747

De Gua, « Mémoire circulaire des différentes choses que l'éditeur de l'Encyclopédie demande à ceux qui voudront bien l'aider dans cet ouvrage »

f.  104r

Memoire Circulaire
Des differentes choses que
L’editeur De l’Encyclopedie
Demande a ceux qui voudrons
Bien l’aider dans cet Ouvrage

Avertissement Preliminaire

Le public m’a paru desirer avec trop d’empressement la traduction de l’encyclopedie et les additions considerables qui lui ont eté anoncées pour que je pusse me flatter d’acquerir asséz promptement toutes les connoissances que cet ouvrage demandroit d’un seul homme, ny même de les trouver dans un petit nombre d’amis, qui peut-etre ne m’auroient pas refusé leurs secours.

J’ay donc préferé de l’avis de gens capables : d’associer à mon travail plusieurs personnes à la fois, et dans cette vuë voicy quél est mon projet.

Je donneray les differentes parties des sciences à corriger et à augmenter à des gens de léttres versés dans chaque genre en particulier, me reservant seulement une porsion beaucoup plus considerable que celle que je confieray aux autres ; je mettray dans la partie des arts un certain nombre d’artistes, 8 ou 10, plus ou moins, sous la direction soit d’un homme de léttres, soit d’une personne attachée a quelque art liberal, ou même à quelqu’art mecanique, dans lequél il seroit facile de trouver des sujets qui sachent ecrire, je reveray moy même le dictionnaire en entier, je veilleray alors particulierement sur tous les articles des arts, et je donneray en même tems au stile l’uniformité qui doit y regner, et le plus de perfection qu’il me sera possible ; enfin je nommeray dans la préface ou l’avant-propos du dictionnaire les differentes personnes qui m’auront aidé dans chaque genre, et meme les artistes qu’ils auront employés, afin que partageant ainsi avec moy, comme il est juste, les uns et les autres l’honneur qui peut revenir de cet ouvrage, leurs noms soient d’ailleurs pour le publique autant de garans de la bonté de l’execution.

Mais en m’en ténant a cela, il y auroit aussi lieu de craindre que quelques unes des personnes qui auroient la bonté de me seconder ne prissent pas asséz bien mes idées dans des conversations particulieres, que par cette raison les parties d’ouvrage qu’ils me remettroient ne cadrassent pas avec d’autres, ou ne s’ecartassent de l’ordre et du plan de l’auteur anglois, de sorte qu’il auroit pû me rester beaucoup encore a faire pour que l’ensemble des additions composat un seul tout et que les differentes parties se raportassent avec précision les unes aux autres.

C’est pour prevenir cet inconvenient que j’ay imaginé de distribuer a ceux qui m’auront promis leurs secours en se chargeant de revoir une partie des sciences ou de diriger plusieurs artistes, cette espece de mêmoire circulaire de ce que je leur demande, je fais en sorte d’y montrer a chacun d’eux sous un même point de veuë non seulement de quelle maniere je desire que sa partie soit traittée, mais encore comment toutes les autres devront l’etre, et j’espere qu’il leur sera facile de se former par la une idée parfaitte de mon plan.

§. I.
Conventions que je regarderay comme
faites entre les personnes qui m’auront
promis leurs secours & moy

1°. J’espere qu’elles voudront bien donner tous leurs soins soit à la correction des differens articles qui leur seront remis, soit aux differentes additions qu’elles se seront chargées d’y faire.

2°. Comme il seroit à desirer pour la satisfaction du public que les additions s’etendissent, autant qu’il seroit possible, sur toutes les parties du texte anglois, chacun de ceux qui seront chargés d’en faire tacheront s’il leur plait par cette raison d’en fournir environs un quart en sus des traductions qu’ils auront receuës, et en general j’en attend d’eux tout au moins un cinquieme ou un sixieme, mais d’un autre côté ils ne pourront nón plus porter le total de ces additions jusqu’à plus d’une moitié en sus, sans s’etre concerté la-dessus avec moy.

3°. On exeptera cependant la partie des arts qu’il faudra étendre par preference, et les additions de cette partie (auxquelles il y aura aussi plus de personnes employées) devront aller au moins au double des papiers remis. 4°. Je compte encore que ces mêmes personnes agréront d’etre nommées dans la preface ou l’avertissement du livre, et j’espere qu’il meritera qu’elles y consentent sans peine. Celles qui guideront des artistes auront même la bonté de m’en donner des listes pour les imprimer aussi après la preface ou l’avertissement, et cela pourra autant que je le presume contribuer a augmenter la reputation de ceux-cy.

5°. Ceux qui voudront retirer une retribution de leur travail en seront les maitres au prorata de ce qu’ils auront fait, je me flatte que les propositions que je puis leur faire à ce sujet leur paroitront satisfaisantes, le détail de tout cela se passera au reste uniquement d’eux a moy, et on fera entrer s’ils le veulent dans le payement un exemplaire du livre a quelque chose de moins que la souscription.

6°. Quant aux personnes qui ne voudront point de retribution, j’invite celles qui de plus auront fait une partie d’ouvrage asséz considerable, a recevoir en present un exemplaire du livre.

7°. Je m’attend qu’elles feront en sorte les unes & les autres de me remettre tous les articles dont elles se seront chargées, dans leurs perfections et rangés par ordre alphabetique au premier de septembre de l’année 1747 ou plutôt [sic] même s’il leur est possible, mais elles m’en remettront au moins pour le plus grand délay le premier quart en suivant l’ordre alphabetique, a ce terme, le second, un mois après c’est-à-dire au premier octobre 1747 et la derniere moitié dans tous le mois d’octobre de la même année ; je les prie d’observer a ce sujet qu’une seule personne qui me manqueroit arretteroit tout l’ouvrage, et que ce retard seroit fort prejudiciable a nos libraires par raport aux avances qu’ils ont faites, et aux engagements qu’ils aurons [sic] pris vraysemblablement àlors avec le public.

§. II.
Sur les mots et les renvois

1°. On aura la bonté de suppléer aux termes d’arts que les traducteurs auroient omis faute de les scavoir.

2°. de changer ceux qui auroient eté mal mis.

3°. d’en ajouter de nouveaux si notre langue se trouve en cela plus abondante que l’angloise, ou si l’auteur anglois n’avoit pas ete asséz loin à cet egard.

4°. de n’en pas employer d’equivoques et de déffinir les termes d’art, par d’autres termes que des termes d’art, a moins que dans quelques occasions, on ne joignit encore à coté de ces derniers leur définition particuliere ou un renvoy rélatif a leur article.

5°. On multiplira les renvois, ou on en retranchera, selon qu’on aura augmenté ou diminué le nómbre des articles. Que si Mr Chambers en avoit lui-même ómis quélqu’uns, qu’on jugeat néamoins [sic] convenir dans ses propres articles on y suppléeroit, & reciproquement on pourroit en retrancher si on en trouvoit trop, mais on ne le feroit qu’avec beaucoup de retenuë.

Il faut observer a ce sujet que dans l’ordre encyclopedique que Mr. Chambers se propose de suivre, et que nous suivrons aussi à-près lui, c’est aux mots qui peuvent servir à définir ou a décrire un autre mot que celui-cy doit etre renvoié. Or on en va voir l’enumeration dans le § suivant.

§. III.
Sur les définitions et les descriptions

Si elles sont mal on est prié de les corriger (mais en avertissant a la marge en deux mots qu’on l’aura fait) ou au moins d’avertir a la marge qu’elles devroient etre changées et pourquoi ?

En general on n’omettra rien de ce qui pourroit contribuer a rendre l’intelligence du terme plus facile et plus precise et pour y mieux reus[s]ir, on observera que les choses qui peuvent et qui doivent servir à en définir ou a en décrire un autre sont, son essence c’est-a-dire le genre auquel elle appartient et la difference essentielle qui la distingue de toût autre de même genre, ses causes, et ses effets, ses puissances actives et passives, son objet, ses fins, et ses usages, ses proprietés, et generalement tout ce que l’on à [sic] dit ou pû dire de plus important et de plus interressant, les tou[t]s dans la composition desquels elle entre, ses parties et ses subdivisions, ses principes si c’est un mixte, les choses qui lui sont opposées, ses differences accidintelles [sic], scàvoir sa quantité et ses dimensions, comme sa longueur, sa largeur, son poids, sa grosseur, etc., ses accidens sensibles, comme sa coùleur, son odeur, son gout, les lieux, les terres, ou elle vient ou dans lesquelles on la trouve si elle est naturelle, ou bien ou on la fabrique ou construit si elle est artificielle, et dans ce dernier cas, les drogues ou ingrediens qui entrent dans sa composition, les outils, instruments, machines, etc., dont on se sert pour la fabrique[r] ou construire, l’espece d’ouvrier qui la fabrique ou construit, etc.

§. IV.
Sur l’ordre general de chaque article

Si celui selon lequél son[t] rangées les differentes parties, de l’article, est alphabetique, comme il arrive le plus souvent et qu’il doive devenir en francois different de ce qu’il est en anglois, on le remarquera, S’il n’est pas alphabetique, mais philosophique ce qui se trouve aussi quélquefois, nommement lorsque la notion de quelque mot est nécessaire pour l’intelligence de quélqu’autre, qui precederoit, on aura soin alors de ne point s’ecarter dans les additions de l’ordre synthetique qu’on appercevera facilement que Mr Chambers s’est proposé de suivre, & s’il s’en etoit lui-même ecarté on le corrigeroit la-dessus.

Or cet ordre synthetique consiste à faire des divisions et des subdivisions exactes, et à ne traitter des especes et des parties qu’après avoir donné des notions precises des genres et des tou[t]s, à faire preceder, autant qu’il sera possible, celles de la nature de la chose, aux moins importantes, et en particulier aux historiques, celles du simple a celles du composé, celles des principes à celles du mixte, celles des causes a celles des effets, celles des fins, celles des usages, à traitter en particulier de l’essence avant de parler des differences, soit essentielles, soit accidentelles, de la qualité avant de faire mention des accidens sensibles, à marquer même (à moins que la matiere ne le permit pas) l’ouvrier avant les outils, & les instruments qu’il employe.

§. V.
Sur l’ordre particulier a chaque portion d’article

Lorsque les differentes phrases qui composent une partie d’article paroitront mieux dans un autre ordre et qu’on en sera absolument sur, on aura la bonté de changer l’article ; mais si on le croit simplement on se contentra en ce cas d’indiquer le changement qu’on jugeroit convenable.

On suivra encore à ce sujet l’ordre synthetique, c’est-a-dire qu’on ira du simple au composé, des causes aux effets (Voyé la fin du §. precedent ) se proposant sur toutes choses la clarté pour objet.

§. VI.
Sur les retranchemens

On se fera une loy de ne rien retrancher que ce qui sortiroit absolument de l’objet de l’article, ou ce qui ne pourroit rester sans déparer beaucoup l’ouvrage.

Or suivant ce principe ce qu’il faudra oter se reduit

1°. a ce qu’on jugera avec une entiere certitude être superflus, que si on en doutoit et qu’il ne s’agit d’aucune des choses qui seront marquées cy-après en ce cas on se contentroit de l’observer.

2°. a ce qui ne paroitra relatif qu’a l’Angleterre seule & qui en même tems, ne pourroit en aucune sorte piquer la curiosité des autres nations.

3°. aux opinions evidament fausses, auxquelles il n’y auroit absolument aucune à substituer, ce qui n’arrivera que rarement.

4°. à ce qui seroit devenu inutile, par des additions qu’on auroit faites ailleurs, ou à ce qu’on auroit incorporé dans ces additions sauf à renvoyer àlors à ces mêmes additions.

5°. enfin à ce qui paroitra sortir absolument du plan que l’auteur s’est proposé ou à [du se proposer, & on en jugera soit par ce qui est marqué, cy-devant dans les §§. précedens et dans les suivans, soit par le modele que donneront la-dessus les autres articles qu’on aura sous les yeux. Au reste on aura attention de ne jamais rien effacer que legerement et d’un seul trait, et d’avertir en même tems qu’on l’aura fait.

§. VII.
Sur les changements

On changera 1°. ce qui doit nécessairement etre traité en France, d’une autre maniere qu’en Angléterre, et cela particulierement, dans le droit et les usages du royaume, sauf à mettre quelques fois par extrait ce qu’il y à pour l’Angleterre.

2°. Toutes les assertions héretiques auxquelles on en substituera outre cela de catholiques, on exposera cependant ensuite les sentimens heretiques, mais ce ne sera jamais sans les refuter.

3°. Les explications des articles auxquelles on aura jugé a propos d’ajouter une figure et cela relativement à la figure.

4°. Generalement tout ce qu’on jugera avec certitude devoir etre mieux autrement, se contentant de le remarquer si on en doute, et se reglant dans le jugement par ce que les §.§. precedens, les suivans, et le modele qu’on aura sous les yeux feront connoitre du plan, de l’objet, et de la methode de l’ouvrage.

§. VIII.
Methode qu’on pourra suivre pour se préparer à faire les augmentations et les corrections

Après que la personne capable qu’on consulte aura pris connoissance des morceaux de traduction qu’on lui aura remis, il pourra etre à propos qu’elle se donne la peine de lire, ou au moins de parcourir la plume a la main les cinq ou six meilleurs livres plus ou moins, qu’elle connoitra sur la matiere a laquelle elle travaillera, principalement les nouveaux, ou parmi les anciens, ceux qui probablement n’ont pas eté connus de l’auteur anglois ; et que ce soit dans les extraits qu’elle en aura fait[,] joins a ses propres connoissances ou a celles qu’elle pourra tirer de ses amis[,] qu’elle puise les additions qu’elle voudra bien fournir ; or pour cela elle remarquera s’il luy plait a mesure qu’elle avancera dans cette lecture ce dont on pourra faire usage, elle se servira en même tems, dans cette vuë du secours des tables, qui pourront se trouver a la fin de ces mêmes livres, enfin elle examinera avec grand soin s’il n’y auroit pas quelques mots que l’auteur anglois eut omis entierement.

Les materiaux etant ainsi preparés, il pourra encore etre à propos qu’elle arrange ensuitte les differens articles traduits de l’anglois qu’elle aura entre les mains dans un ordre philosophique qu’elle imaginera facilement à l’inspection de ces parties de traductions, et que ce ne soit qu’après les avoir mis dans cet ordre qu’elle commence a les corriger, sauf a les ranger ensuite avant de nous les les [sic] rendre dans l’ordre alphabetique selon que nous l’avons deja demandé.

§. IX.
Sur la maniere de faire les additions qu’on destinera a etre incorporées dans des articles deja fait[s]

1°. Au cas, que les additions soient de la personne même qu’on consulte, qu’elle en soit de plus absolument sure , et qu’elles soient courtes, elle les incorporera alors dans l’endroit ou elles lui paroitrons [sic] convenir le mieux en suivant l’ordre que nous avons deja indiqué ; mais si ces mêmes additions sont longues ou que la personne qui les aura faites en doute, elle les mettra dans ce cas sur un papier a part qu’elle attachera a l’article, joignant en deux mots son sentiment sur ce sujet.

2°. S’il arrivoit que l’on dut tirer quelques parties de ces additions du texte de quelques livres on pourroit alors simplifier le travail en laissant sur le papier autant de lignes en blanc qu’on verroit a peû près qu’il faudroit transcrire, et marquer a coté l’auteur, l’edition, la page, les deux ou trois premiers mots et les deux ou trois derniers.

3°. On aura attention comme il a eté dit au §. VII. de marquer entre deux crochets les differentes additions a moins qu’elles ne soient moindre que d’une ligne.

§. X.
Sur les additions d’articles entiers ou de parties entier[e]s d’articles

Comme il pourroit arriver que les articles qu’on croiroit manquer dans la traduction auroient eté donnés a corriger a d’autres personnes, parce qu’ils se raporteroient tout a la fois a plusieurs genres de sciences, on n’ajoutera pour cette raison aucun article entierement nouveau que trois ou quatre mois apres avoir recû les parties de traduction & ce mêmoire, et qu’après m’en avoir prevenu un mois ou environs a l’avance.

Que si l’on trouve alors qu’il y ait en effet a en ajouter de pareilles en ce cas 1°. on se conformera avec le plus d’exactitude que l’on pourra a l’ordre ou philosophique ou alphabétique de Mr Chambers dónt les autres §. §. qu’on aura sous les yeux joins a ce que nous en avons deja dit donneront asséz l’idée.

2°. On aura attention que les articles nouveaux puissent cadrer avec les articles deja fait[s] et qui devront etre renvoyés, et pour cela on corrigera ces derniers articles, si on les a, relativement a cette idée, ou on avertira que cela doit etre fait & par quelle personne.

3°. On marquera avec soin les renvois dont on croira chaque article susceptible et les mots qu’on jugera pouvoir eux-mêmes etre renvoyés a cet article, consultant la-dessus les §. §. I et II. Enfin on mettra les additions entre deux crochets comme il a été dit au §. VII. et au precedant.

§. XI.
Sur les objets principaux des augmentations

Ce seront les arts mechaniques dont on traittera dans le plus grand détail, l’histoire naturelle, les nouvelles découvertes de phisique, l’exposition des sentiments chatoliques [sic] et ortodoxes, avec leurs principales preuves, les refutations des sentiments heretiques, le droit francois et les usages du royaume, le commerce et les finances de la France, tout ce qui sera nécessaire pour que le dictionnaire puisse contenir des Elemens Parfaits de toutes les sciences, & les bons principes des arts liberaux, les sentiments philosophiques differents de ceux de Newton et de Locke auxquels Mr Chambers s’est borné presque uniquement & surtout la metaphisique de Leibenitz [et] de Wolff dont il ne dit absolument rien, et qui est d’ailleurs peu connuë en France, l’histoire des sciences, des arts, des découvertes, & même jusqu’à un certain point celle des principaux auteurs, des differents corps litteraires, des differens ouvrages considerables et importants, des journaux et des bibliotheques, enfin des princes et grands seigrs qui ont accordés [sic] aux sciences une protection éclatante.

On observera à ce sujet 1°. d’incorporer ce qu’on aura a dire sur tous ces derniers chefs, dans des articles de sciences.

2°. de ne parler par consequent d’aucun auteur qu’en qualité de sçavant, et de regarder pour ainsi dire son premier et son dernier ouvrage comme le premier et le dernier moment de sa vie, de façon que le dictionnaire sans devenir par la historique par raport a la personne, le devienne cependant par raport a la science, qu’il contienne et qu’il marque exactement les progres des connoissances, et qu’on y assure ainsi autant qu’on en sera en etàt les decouvertes importantes a leurs veritables auteurs.

3°. de n’envisager a plus forte raison dans ces endroits les princes et les grands seigneurs dont on pourra y faire mention que sous le raport qu’ils auront eu aux sciences en les protegeant.

On trouvera au reste de grands secours pour tout cela dans les éloges qui auront été deja faits precedemment des differentes personnes dont on aura a parler, et en general dans ce qu’en auront dit differens auteurs, que chacun de ceux qui seront chargés des additions connoissent trop bien pour qu’ils ayent besoin que nous les leurs indiquions icy.

§. XII.
Sur les corrections et additions particulieres aux arts et 1°. pour les personnes qui dirigeront plusieurs artistes.

Elles auront soin s’il leur plait 1°. de donner a chacun des artistes qu’elles guideront outre l’espece de mêmoire instructif qu’elle[s] trouveront dans le paragraphe suivant, toutes les autres instructions qui leur paroitront convenables eu egard au degré plus ou moins grand d’intelligence ou de dispossitions a bien faire qu’elles auront reconnu dans chacun de ceux-cy. 2°. Elles auront aussi la bonté de leur expliquer au besoin et en detail ce que nous desirons d’eux et en general de les guider et de conferer souvent avec eux, soit durant qu’ils y travailleront, soit àprès qu’ils leur auront remis leur portion d’ouvrage, enfin de n’en employer non seulement que de capables mais que de ceux dont le nom pourra servir de plus de bon garant a l’ouvrage.

3°. Lorsqu’elles auront retiré de leurs mains, tous les articles qu’ils auront terminés, elles en feront un corps total conciliant avec intelligence les differentes notions que differens artistes pourroient avoir données d’un même outil, d’une même drogue, ou plus generalement d’un même mot.

§. XIII.
Pour les differens artistes en particulier

1°. avant de rien ecrire ils se mettront bien en possession de toute la matiere et se consulteront àprès cela ou avec la personne qui se sera chargée de les guider ou avec M Tarin qui veut bien m’aider generalement dans tout ce travail ou avec moy.

2°. Ils confronteront aussi les articles qu’on leur aura remis avec les semblables du dictionnaire du commerce [et] d’autres livres qu’ils pourront connoitre sur le même sujet, desquels s’ils ne peuvent les avoir d’ailleurs, nous leur fournirons un exemplaire pour quinze jours ou même pour un mois.

3°. Ils n’ecriront s’il leur plait rien du tout a coté de nos papiers que ce ne soit de concert avec la personne qui les guidera, avec M. Tarin ou avec moy, ils se conduiront de la sorte quand même ils se tiendroient surs d’etre en etât de bien faire les corrections a eux seuls, et qu’ils y seroient en effet, et cela parce qu’il est surtout necessaire que nous observions dans cet ouvrage un même ordre general.

4°. Ils rectifieront les descriptions de touts [sic] les outils, de toutes les machines, instruments, drogues, &c qui auront raport a l’art dont ils feront profession, ainsi que les explications des usages – touts [sic] les outils, machines, instruments et drogues et generalement toutes les parties des differens articles qui les concerneront, en un mot ils n’oubliront rien dans ce qu’ils jugeront pouvoir servir a donner une idée de l’etat present de leur art, ny aucune des vuës qu’ils croiront propres a les perfectionner.

Pour cet effet ils marqueront avec la derniere exactitude 1°. toutes les matieres, drogues ou ingrediens dont ils font usage tant dans la preparation que dans le corps de leurs ouvrages. 2°. tous les outils et instrumens dont ils se servent. 3°. la maniere dont ils emploient les uns et les autres, & en general toutes les differentes bonnes pratiques dont ils auront connoissance sur leur art. 4°. Ils marqueront aussi autant qu’il leur paroitra convenable les differens arts auxquels les choses se trouveront en commun, et leurs differences a cet egard. 5°. les differences qu’ils auront observées ou qu’ils auront sçû avoir lieu sur le tout en differens païs ou dans differens cantons, d’un même païs . 6°. celles qu’ils scauront avoir eu lieu en differens tems, et pour lors ils feront s’ils en son[t] en etât, l’histoire de leur art, ou ils fourniront au moins des materiaux pour cela, nommant autant qu’ils en auront connoissance les inventeurs de chaque chose importante en particulier. 7°. Enfin l’intention de toutes leurs operations ou pratiques, c’est-a-dire le but immediat ou eloigné qu’ils se proposent en faisant usage de leurs differentes drogues, ingrediens, outils, instruments, machines, &c. Ils observeront au reste que bien que leur propres decouvertes s’ils se trouvent en avoir faites, doivent avoir leur place dans le dictionnaire, cependant on leur demande bien moins d’exposer les idees qui leur seroient particulieres que de rendre un compte exact de ce qui s’observe generalement dans la bonne pratique de leur art ou metier.

Or pour mieux reus[s]ir a tout cela 1°. ils feront ou bien ils feront faire un relevé de tous les mots de leur art dans un ou deux livres que la personne qui les dirigera[,] Mr Tarin ou moy leur auront conseillé de suivre par preference, et ils ajouteront d’eux-même d’autres mots a ce relevé s’ils en scavent qui n’i soient pas compris.

2°. Ils composeront ensuite ou feront composer par quelqu’amy des articles sur ceux de ces mots que Mr Chambers pourra avoir omis totalement observant surtout avec grand soin de commencer par ceux qui se trouveront avoir une signification moins etenduë et de remonter dela aux plus generaux. 3°. Ils se contenteront de corriger ceux dont Mr Chambers auroit deja fait de son côté des articles particuliers.

§. XIV.
Sur les additions et corrections de la theologie et de l’histoire ecclesiastique

Nous prions la personne qui veut bien nous aider dans cette partie non seulement d’etre extremement attentive tant sur le dogme que sur les faits, mays encore de ne combattre qu’avec toute la moderation qui convient dans un dictionnaire les sentiments qu’elle pourra rejetter et surtout de n’adopter absolument aucun sistheme ou aucune opinion particuliere.

Nous luy demandons aussi de vouloir bien chercher dans les sources, les faits d’histoire écclesiastique qui ne seroient pas bien presents à son esprit et nommement ceux que le dictire anglois raporteroit differemment, ou de celuy de Trevoux qui renferme plusieurs compilations, ou de l’histoire ecclesiatique de Mr de Fleury ou de quelques autres de ces livres qui sont entre les mains de tout le monde.

Nous desirerions aussi lorsque cela se pourroit commodement qu’on inserat dans certaines portions d’articles des passages de l’Ecriture Sainte des Pêres et des Conciles qu’il faudroit en ce cas raprocher adroitement les uns des autres ; or comme le Catechisme du Concile de Trente est en particulier fait sur ce plan, et qu’il ne contient d’ailleurs que des choses elementaires, la table qui est a la fin de ce livre pourroit par exemple etre utile dans cette vuë ; sans que nous pretendions neantmoins nous borner a celuy-la.

§. XV.
Sur les additions et corrections particulieres a la philosophie

On les tirrera (en s’ecartant un peu en cela de Mr Chambers) de toutes les sectes indefferemment[.] On fera mention par exemple de diver[se]s opinions de Descartes et de Mallebranche que Mr Chambers a passé sous silence, et on s’etendra comme nous l’avons deja remarqué sur la metaphisique de Leibenitz et de Wolf dont cet auteur ne dit rien du tout, mais d’un autre coté on n’epousera aucun systheme et on se contentra seulement d’observer en passant et d’une maniere impartielle [sic] ce qui paroitra meriter plus d’approbation dans chacun, de même on n’en combattra aucun qu’avec moderation sans cependant s’astreindre a ne point remarquer du tout ce qu’ils pourroient renfermer de mauvais, et qu’il seroit important de faire observer.

§. XVI.
Sur les additions & corrections particulieres aux sciences exactes et a celles qui dependent ou d’observations ou de recherches soit rationnelles soit historiques comme les mathematiques pures et mixtes, toutes les parties de l’histoire naturelle, toutes celles de la chimie, de la medecine, de la chirurgie et de la pharmacie, les antiquités, l’histoire profanne ancienne et moderne, la fable, &c. Ainsi que sur les additions & corrections de l’architecture[,] de la sculpture, de la peinture, et de la gravure.

On gardera un juste milieu dans l’etenduë qu’on donera aux additions de toutes ces parties, c’est-a-dire qu’on tachera de ne rien omettre ny de ce qui seroit elementaire ni de ce qui seroit plus recherché, mais tout a la fois ou important ou tres curieux, et qu’en se bornant a cela on evitera aussi toujours d’entrer dans de grands détails exepté qu’ils ne paroissent necessaire pour l’explication du mot même de l’article.

On aura au reste attention dans la partie de l’histoire de ne laisser aucun fait qui ne soit apuié sur des temoignages suffissants [sic] & si l’auteur anglois en avoit luy-même avancé quelqu’un qui ne le fut pas [,] en ce cas on auroit la bonté de remonter aux sources mêmes pour en verifier l’authenticité.

§. XVII.
Sur les additions et corrections de la grammaire, des belles léttres, de l’éloquence et de la poësie

On s’etendra surtout sur les definitions et sur les regles. On pourra cependant rapporter quelques exemples pourvû que ce soit en petit nombre et qu’ils soient tres choisis, des pensées par exemple des meilleurs auteurs, des meilleurs vers des meilleurs poêtes, en supposant toujours que les uns et les autres viennent tres a propos au sujet, en un mot quoiqu’il ne faille jamais negliger lorsque cela sera possible d’amuser le lecteur en l’instruisant, on s’eloignera cependant avec grand soin du faste de l’erudition et encore plus de la singularité et de la petitesse qu’il y auroit a raporter comme le font quelquefois des livres qui ont un objet a peu pres semblable au notre, differentes plaisantries puerilles.

§. XVIII.
Sur les additions et corrections du droit ainsi que sur celles de la marine & de la musique

N’aiant que des connoissances fort peû etenduës sur ces trois matieres nous ne donnerons la-dessus aucuns conseils détaillés et nous nous contentrons de prier les personnes qui voudront bien se charger de ces parties, de se conduire conformement aux vuës que les paragraphes precedens et les suivans leur feront appercevoir que nous avons euës sur les autres matieres, de sorte que les morceaux d’ouvrage qu’elles nous rendront puissent se lier avec les autres et former un tout.

Nous prions cependant la personne qui corrigera le droit d’observer qu’il pourra etre a propos qu’elle se donne la peine de consulter sur bien des points des anglois capables.

§. XIX.
Sur les additions et corrections du droit des gens, de la science du gouvernement, de la politique, du commerce, des finances, de l’art de la guerre, et des fortifications

Les personnes qui veulent bien se charger de ces parties trouveront facillement un grand nombre de materiaux soit dans leurs propres ouvrages, soit dans d’autres de leur connoissance, et nous les prions d’en faire usage asséz abondament.

§. XX.
Sur les additions et corrections du blason, de la chasse, de la peche, &c

Il ne faut dans ces articles et les semblables que de simples notions qu’il suffira qu’une personne intelligente tire des meilleurs auteurs, sauf a y ajouter tout au plus quelque chose d’historique et a consulter, sur les articles qui pourroient etre restés douteux des personnes habiles dans chaques parties.

§. XXI.
Sur les additions des figures et sur d’autres additions qui seront relatives a celle[s]-cy

Dans tous les endroits ou l’addition d’une figure rendroit le discours plus clair ou pourroit a d’autres egards etre agreable au lecteur, on l’y ajoutera soit de soy-même, soit en la tirant en partie ou même quelquefois en entier de quelq[ues] uns des livres qu’on aura lus avant de commencer les additions, ou de quelqu’autre [que] nous communiquerons avec plaisir, pour cet effet sur les demandes qu’on nous en fera, tous ceux que nous avons, ou que nous pourrons nous procurer.

2°. [sic] On fera avec soin et autant qu’il en sera besoin l’explication ou l’aplication de chaque figure dans les differens articles qui y auront raport.

§. XXII.
Sur les additions qui s’etendront sur plusieurs articles a la fois et en particulier sur celles de ce genre qui concerneront les arts

On ne les mettra si l’on veut que dans le principal article, en ce cas il faudra indiquer ensuite les endroits ou elles ne devront etre mises que par extrait, et nous nous chargerons de ce dernier travail[,] cecy aura surtout lieu pour les artistes.

§. XXIII.
Sur les articles qui se trouveront appartenir tout a la fois a plusieurs genres differens

Chacun des correcteurs ne corrigera & n’augmentera de ces articles que la partie qui regardera le genre dont il se sera chargé mays ils auront outre cela la bonté [:]

1°. d’ecrire sur un papier a part une note des articles en question.

2°. de joindre aussi sur ce même papier quels sont les autres genres auxquels les mots de ces articles pourront etre communs par raport auxquels ils ne les auront pas corriges.

3°. de nous remettre tous ces articles l[à] trois ou quatre mois apres les avoir receûs, et cela quand même ils en devroient avoir encore besoin, auquel cas nous en ferions copier les autres parties et nous les leur renderions après qu’ils les auroient renvoyés.

§. XXIV.
Sur le stile

Les fautes de stile dont on seroit absolument sur[,] on aura la bonté de les corriger, les douteuses on se contentra de les remarquer, et celles qui en pourront paroître telles qu’en gout particulier de quelques critiques, on les remarquera tout au plus.

2°. On s’attachera surtout a la clarté y sacrifiant même s’il le fallait le reste.

3°. Si la personne qu’on consulte imaginoit quelques transitions ou quelques pensées heureuses qu’elle crut propre a etre mises en quelques endroits ou n’y devoir point etre deplacées, on lui seroit obligé en ce cas, de l’incorporer ou d’en faire l’observation suivant qu’elle en seroit plus ou moins sure, et pourvu cependant qu’il n’y eut rien de trop recherché, ce qui ne s’accorderoit pas avec l’objet de l’ouvrage.

4°. On se conformera autant qu’on pourra dans les additions au ton le plus dominant des articles désja fait[s] observant seulement en general que le stile ne soit ny fleury, ny diffus, ny prolixe, ny coupé, ny serré, ny eprigrammatique [sic], &c.

Du reste on peut negliger la correction scrupuleuse du stile sur laquelle nous nous reservons de revenir après.

§. XXV.
Sur les articles tirés de Harris et qu’on reconnoitra en voyant a coté le nom de cet auteur

On ne devra pas etre surpris de ne point trouver ces articles traduits avec soin, et même de ce que fort souvent ils ne seront traduits qu’en partie, en effet ils ne sont pas de notre texte et si on en fait usage ce qu’ils fourniront sera censé entrer dans les additions.

Que si on avoit besoin de scavoir ce que contient la suite de ceux dont on ne trouvera que le commencement de traduit, on pourra en ce cas s’en eclaircir avec moy, & si on desir[e] après cela d’avoir la traduction de l’article en entier j’en fourniray les moyens.

§. XXVI.
Observation generale

Si quelques unes des personnes qui veulent bien m’aider imaginent quelques additions ou quelques changemens a faire au plan general que je viens d’exposer je leur seray en cela obligé de m’en faire part et je tacheray de leur prouver par l’attention que je feray a leur avis la reconnoissance que je suis disposé a en conserver.

 
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