L'affaire Tolomas

  

OCTOBRE 1753 - JUIN 1755

LES ACTEURS DE L'AFFAIRE
D'Alembert
Alleon Dulac
d'Argenson

1753


Octobre

Le troisième volume de l'Encyclopédie parait aux alentours du 15 octobre 1753, puisque la Gazette écrivait, en date du samedi 20 octobre 1753 (p. 503) : « On délivre, depuis les premiers jours de cette semaine, le troisième Volume de l'Encyclopédie » (Inventory of Diderot's Encyclopédie, Schwab, 1971, p. 69).

L'article qui nous intéresse ici, Collège, n'est pas un article à proprement parler, mais une partie d'une entrée particulière Collège, terme d'Architecture de l'adresse générale Collège, laquelle entrée commence par 9 paragraphes signés au dernier du (G) de l'abbé Mallet, à la suite des mentions Trev. Moréry, & Chambers. Sans aucune indication typographique d'une nouvelle sous-partie, le paragraphe suivant est le premier d'une longue série (p. 634b-637b) terminée par le (O) de D'Alembert. C'est ce que l'on appelle « l'article COLLEGE de D'Alembert ».

Les contemporains comme la postérité y ont reconnu « une violente critique contre le système pédagogique institué avant de dessiner les grandes lignes d'une éducation rénovée » (R. Granderoute, RDE 5, 1988, p. 55-71), précurseur de l'expulsion des jésuites en 1762. Cet article est à l'origine de l'Affaire Tolomas qui mettra D'Alembert en rage en janvier 1755.

Fin des événements pour l'année 1753

Octobre

Le quatrième volume a été annoncé par Grimm le 15 septembre 1754 comme « sur le point de paraître ». Sa publication est notée par d'Hémery le 17 octobre et Rousseau est encore plus précis (mais pas nécessairement fiable) : « Le 4e volume de l'Encyclopédie paroit depuis hier » (références dans l'Inventory of Diderot's Encyclopédie, Schwab, 1971, p. 70). Il est donc vraisemblable que la sortie et distribution du volume IV ait eu lieu aux environs du 15 octobre 1754, un ou deux jours avant peut-être.

Les jésuites suivaient assidument les publications des volumes, un par an depuis 1751. Ainsi le volume qui nous intéresse ici, le volume III, avait paru un an plus tôt, vers le 15 octobre 1753, mais il est probable que l'article Collège, occulté à sa parution par l'Avertissement de D'Alembert, n'a pas été lu immédiatement, et que la parution du tome IV a relancé la polémique entre encyclopédistes et jésuites. Le père Tolomas était en effet un des rédacteurs du Journal de Trévoux.

Novembre

Pour notre « Affaire », l'événement marquant du mois de novembre est bien entendu le discours prononcé par le très jésuite Père Tolomas à la rentrée du collège de la Trinité, le 30 novembre : malheureusement pour l'« Affaire », et peut-être à cause d'elle, le texte du discours ne nous est pas parvenu. Il ne semble pas que le texte lui-même soit parvenu à D'Alembert, seulement ses échos... Mais les prémisses de l'affaire ont donné lieu à bien des interprétations, en particulier parce que Voltaire est Lyon depuis le 15 novembre et qu'il aurait même eu l'idée de s'y installer... Cela interfère-t-il avec la rivalité entre l'Académie des sciences et belles-lettres et la Société royale (ou Académie des beaux-arts) dont il va maintenant être question ?

Voir par exemple ce qu'en écrit Joseph Bertrand en 1889 [accéder]

Décembre

Deux jours à peine après le discours du père Tolomas, c'est bien Bourgelat qui met le feu aux poudres, dans la longue lettre qu'il écrit à Malesherbes, alors directeur de la librairie, en date du 2 décembre 1754. En 1754, Bourgelat, s'il n'a pas encore les fonctions qui feront de lui l'homme incontournable de la censure et de la librairie lyonnaise, est déjà directeur de l'Académie d'équitation de Lyon et possède des amis puissants. Il est aussi proche des encyclopédistes, comme le montre la lettre et prend parti pour la Société royale de Lyon dans sa rivalité avec l'Académie des sciences et des belles-lettres de Lyon. Et bien sûr, il parle du discours du Père Tolomas, relayé par Voltaire, comme on le voit dans la lettre de ce dernier du 6 décembre.

Le jeudi 19 décembre D'Alembert vient prendre séance à l'Académie française : c'est là qu'il fait son discours de réception et que le public prend connaissance de son entrée. Il avait été élu le jeudi 28 novembre par l'Académie, élection que le roi avait agréé dès le lendemain 29 novembre.

Fin des événements pour l'année 1754

Janvier

D'Alembert a donc le vent en poupe : auréolé de la gloire d'être entré à l'Académie (malgré l'opposition de la duchesse de Chaulnes), d'avoir présenté son discours au roi, il peut se permettre de protester contre la façon dont le Père Tolomas l'a traité, et avec lui, les encyclopédistes, dans son discours du 30 novembre. La lettre de Goiffon à Christin montre que dès le 3 janvier, l'annonce du mécontentement de D'Alembert sème l'inquiétude dans les rangs de la Société royale de Lyon. Non tant sur le fond que sur le retrait de l'appui de Malesherbes à la Société. On apprend par cette lettre que D'Alembert a écrit à Malesherbes (lettre perdue), qu'il est notoire que Malesherbes et le comte d'Argenson soutiennent l'Encyclopédie, et enfin que Bourgelat essaie de soutenir la Société en clamant qu'elle n'est pour rien dans l'affaire Tolomas. Mais le jour même où Goiffon écrit à Christin, le 3 janvier, le Registre ne fait guère état que d'une vie tranquille d'académie scientifique : désignation du directeur de l'année, Soufflot, passage à l'Académie de La Condamine en personne, et, est-ce un hasard, lecture par le père Béraud d'un extrait de l'ouvrage d'Euler sur la figure de la Terre. Sur l'affaire, motus !

Aux séances suivantes, toujours pas un mot sur le Registre, où le seul événement marquant est la mort du secrétaire et homme influent de l'Académie, Christin. Le 31 janvier, on apprend du Registre que Soufflot, le directeur, part pour Paris avec pour mission l'enregistrement des fameuses lettres patentes de la Société royale. Il croisera sans doute sur sa route la lettre écrite par D'Alembert le 31 janvier !

Février

Nous voici donc au troisième temps de l'affaire Tolomas : après le fagot préparé par les jésuites lyonnais pour brûler les encyclopédistes et avec eux les critiques de leur enseignement, après l'alerte donnée par Bourgelat et Voltaire, voici le temps du contre-feu. D'Alembert a fait intervenir ses appuis et la Société royale s'inquiète, tout en continuant à vaquer à ses activités, comme en témoigne son Registre. De la lettre comminatoire (justice, justice !) écrite par D'Alembert le 30 janvier, il n'est question qu'à la séance du 14 février (Registre) : que Tolomas (présent, comme à toutes les séances) se débrouille avec D'Alembert, la Société s'en lave les mains ! Le nouveau secrétaire, Bollioud, est à peine en fonction, le 21 février (Registre) qu'il produit, au nom de la Société royale, la délicate réponse à D'Alembert envoyée le 22 février. Réponse doublée, dès le jour même de la séance, le 21 février, par la lettre de Béraud à D'Alembert, doublement confrère de Tolomas, puisque jésuite et membre de la Société royale, et même confrère de D'Alembert, puisque correspondant de l'Académie des sciences. Il se porte garant de l'innocence de Tolomas, bien sûr. Lequel écrit lui-même à D'Alembert, le 25 février, plus pour la Société que pour ce dernier, semble-t-il, tant le ton de la lettre semble contraint. Mais D'Alembert n'a pas dû rester inactif puisque dès le 28 février, les démissions arrivent : Audra, Goiffon, témoignant qu'ils ont bien entendu ce dont D'Alembert se plaint et considérant que la Société n'a pas agi comme elle aurait dû le faire. Aléon les apporte et se démet dans la foulée. Que s'est-il passé en février que ne dit le Registre ? C'est ce que nous apprend, un peu, le Verbal.

Mars

N'oublions pas, D'Alembert a déjà eu fortement maille à partir avec les jésuites (et les jansénistes) : voir les lettres écrites à Berthier (le très jésuite directeur du Journal de Trévoux) en 1751 par Diderot, rédactions auxquelles il a certainement pris part, voir aussi l'intervention de Malesherbes permettant continuation de l'Encyclopédie en 1752, malgré l'affaire de l'abbé de Prades, habilement montée par les uns et les autres. D'Alembert avait alors déjà joué du chantage au départ, et c'est bien cette tactique qu'il reprend ici, à travers les membres savants de cette académie lyonnaise. Avant même Audra et Goiffon, Villers avait démissionné le 21 février, Bertaud avait suivi (lettres du 3 mars et du 7 mars), et enfin Montucla suivra (lettre du 6 juin). Les bruits courent, les rumeurs se répandent, les dents grincent, à Lyon comme à Paris Il y a plus d'une ligne de fracture, plus d'une tension à l'œuvre dans cette affaire. Soufflot, à Paris, fait l'étonné (11 mars), Montucla joue les intermédiaires (11 mars), D'Alembert prétend « ménager les personnes, en attaquant les abus » (17 mars). De toutes les lettres qui circulent, certaines seront publiées, la plupart resteront dans l'oubli. Bollioud, le secrétaire estime avoir bien agi en ne faisant rien (18 mars). Le 29 mars, le tapage parisien a atteint le Rhône et Bollioud se voit obligé d'entrer en contact avec le protecteur de la Société royale des beaux-arts et de celle des sciences et belles-lettres, le duc de Villeroi.

Avril

La lettre faussement naïve de La Condamine (4 avril) vient apporter un petit bol d'air frais à la Société, qui désespère d'obtenir l'enregistrement de ses lettres patentes, mais continue la lecture de mémoires, par exemple celui écrit sur la dynamique par Mathon de La Cour, qui tient régulièrement Montucla au courant des développements de l'affaire Tolomas. Le père Beraud est chargé de transmettre une lettre à La Condamine, en voyage à Rome. C'est également à Rome que lui parviendra la lettre de D'Alembert lui annonçant ironiquement et néanmoins fièrement sa nomination à l'Académie de Bologne par Benoit XIV lui-même. On voit que l'encyclopédiste doublement académicien maintenant construit soigneusement son image, sous des dehors de colère. Tolomas, une dernière fois présent à la séance du 14 mars (Registre) pour lire un mémoire sur la minéralogie de Blumenstein, n'apparaît plus ensuite. Le 11 avril (Registre), le secrétaire peut rassurer le protecteur, Villeroi, tout va pour le mieux et la Société royale se réjouit du bon leg de Christin. D'Alembert pourrait se déclarer satisfait, mais il écrit à Bourgelat le 7 avril une lettre bien emberlificotée quant à ses arguments, et l'un des brouillons les plus raturés que l'on ait conservé de lui... Ce qui se noue ici est sans doute essentiel pour lui.

Juin

Grâce aux bons soins de l'abbé Trublet, infatiguable dispenseur de nouvelles et potins à ses correspondants, dont le si influent Samuel Formey, secrétaire de l'Académie de Berlin et journaliste, les échos de la querelle de D'Alembert vont au-delà de la malle poste Paris-Lyon. Trublet nous apprend ainsi (voir la Correspondance passive de Formey. Antoine-Claude Briasson et Nicolas-Charles-Joseph Trublet, textes édités par Martin Fontius, Rolf Geissler et Jens Häseler, 1996, p. 149-152) que certaines des lettres dont il est question ici ont été imprimées, mais restent « très rares » (2 mai). Trublet, candidat malheureux à l'Académie française contre D'Alembert, ne manque pas d'expliquer à Formey que « ce qui a fait dire que la bâtardise de M. D'Alembert lui avait été reprochée par le Père Tolomas dans sa harangue pour les collèges, c'est la citation du vers d'Horace : Offenduntur enim quibus est equus, et pater, et res », minimisant ainsi l'injure (8 juin). La lettre de démission de Montucla, le 6 juin vient ponctuer l'affaire et l'on ne sait pas, au final si Tolomas a démissionné ou s'il s'est contenté de ne pas assister aux séances de la Société des beaux-arts, sachant qu'il était également membre de l'Académie des sciences et belles lettres et que les deux sociétés seront réunies trois ans plus tard. D'Alembert, lui, part le 8 juin rendre ses hommages au roi Frédéric II à Wesel...

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